394
Lettres sur les
Matière sensible, & qui se répandent parles nerfs dans tous les organes des Sens.
Ce n’est pas assez que de prouver contreDescartes & ses Disciples, que les Bêtes sen-tent: prouvons encore qu’elles raisonnent,non pas à-la-vérité avec autant de force &de jugement que PHomme, mais du moinsassez pour éviter tout ce qui tend à leurnuire. Cette espèce de Raisonnement desBêtes s’appelle ordinairement InfiìnB il neva pas au-delà de leur conservation, à causequ’il est embarrassé dans les esprits grossiersqui Pabrutissent ; au-lieu que celui de l’Hom-me n’étant renfermé que dans des espritstrès subtils, peut s’élever à la connoiflancedes Vérités les plus sublimes. La preuvedu Raisonnement des Bêtes, tel que je Paldéfini, résulte de celle de leur Sensibilité ;car tout ce qui a la faculté de sentir, doitavoir une connoissance au moins imparfaitedes choses sensibles ; comme on ne sauroitavoir cette connoissance , si on n’a la facultésusdite. Et n’en déplaise à Descartes , je neíàurois m’accommoaer de la Définition qu’ila donnée de l’Ame, qu’il définit un Etrecjui pense , & que les Péripatéticiens définis-sent avec plus de justesse un Etre qui sent ,selon cet Axiome $ Aristote (a), nibil est ininteiielhi , quodprius non fuerit in sensu.
Un
(a) Arist. in Analìtic. L. i. Cap. 14.