S A T I S. E V.
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Pinfipide acteur Glycon s’est tant de fois rassasie. Poete sansenilure , & fans affectation , on ne vous entend pas murmu-rer ä demi voix quclques vers ineptes , ni declamer d’uuevoix de Trompete des Poesies remplies de vent. Vos ecritssages & corrects font Ia Satire ingenieuse de notre sie'cle , voil.avotre genre. Soyez le Poete de la raison, & preferez toujoursaux festius monstrueux des Rois de Mycene, la peinture denos mceurs & la morale utile au genre humain.
Perse. II est vrai que je ne cours point apres la fumee; ert-nemi des grands mots, je compofe pour vous & pour moi}c’est ü vous que je veux ouvrir mes plus fecretes pense'es ;ma muse me convie a vous decouvrir 1’interieur de mon aine,& d vous montrer que vos preceptes font graves dans mon cceur.Eprouvez moi, mon refpectable ami , je ne crains point fexa-men; & mes difcours ne font point dementis par ma con-duite. Si je fouhaitois d’avoir cent voix, ce feroit pour re-peter a tout 1’univers vos sages leqons , & repandre furles humains tous les tresors que vous m’avez confies*Quand j’eus quitte la robe d’enfont , & que j’eus
ofiert aux Dieux Lares la bulle pendue a mon coi, quandj’eus permission de courir la ville avec mes camarades, dans cetäge dangereux, ou notre efprit indecis balance entre le che-min de la vertu & celui du vice, ce fut alors que j’eus lebonheur de me donner a vous; vous prites foin de ma jcu-«esse, & m’apprites ä connoitre les preceptes de Socrate. Votreart insinuant forma insensiblement mes moeurs, & me redreflafans eifort. Je requs a la fois le jong de la raison, & vosleqons , qui m’ont appris a vaincre mes desirs. Je passois des
d jours