4
LETTRES
Ma patrie, ma famille, mes amis se sont pré-sentés à mon esprit ; ma tendrelse s’est réveillée ?line certaine inquiétude a achevé de me troubler , &m’a fût connoître que pour mon repos j’avois tropentrepris.
Mais ce qui afflige le plus mon cœur , ce font mesfemmes 5 je ne puis penser à elles que je ne fois dé-voré de chagrins.
Ce n’est pas , Nelìïr , que je les aime : je metrouve à cet égard dans une insensibilité , qui ne melaide point de désirs. Dans le nombreux Sérrail ,où j’ai vécu , j’ai prévenu famour , & l’ai détruitpar lui-méme : mais de ma froideur même il fortune jalousie secrette , qui me dévore : je vois unetroupe de femmes labiées prefqu’à elles-mêmes : jen’ai que des âmes lâches , qui nfen répondent :j’aurois peine à être en Jíireté, si mes esclaves étoi-ent fidelles : que íera-ce s’ils ne le font pas ; Quel-les tristes nouvelles peuvent m’en venir dans les païséloignés, que je vais parcourir ; C’est un mal , o'ùmes amis ne peuvent porter de remède : c’est un lieu ,dont ils doivent ignorer les tristes secrets : & qu’ypourroient-ils faire ; n’aimerois-je pas mille foismieux une obscure impunité , qu une correction é-elatante ; Je dépose en ton cœur tous mes chagrins,mon cher Neilìr ; c’est la feule consolation qui mareste, dans l’état ou je fuis. f
D'Erzéron le 10. de la Lunedc Reliai 2.17u.
LET-