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Lettres Persanes / [Charles Louis de Secondat de Montesquieu]
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LETTRES

Ma patrie, ma famille, mes amis se sont pré-sentés à mon esprit ; ma tendrelse sest réveillée ?line certaine inquiétude a achevé de me troubler , &ma fût connoître que pour mon repos javois tropentrepris.

Mais ce qui afflige le plus mon cœur , ce font mesfemmes 5 je ne puis penser à elles que je ne fois dé-voré de chagrins.

Ce nest pas , Nelìïr , que je les aime : je metrouve à cet égard dans une insensibilité , qui ne melaide point de désirs. Dans le nombreux Sérrail , jai vécu , jai prévenu famour , & lai détruitpar lui-méme : mais de ma froideur même il fortune jalousie secrette , qui me dévore : je vois unetroupe de femmes labiées prefquà elles-mêmes : jenai que des âmes lâches , qui nfen répondent :jaurois peine à être en Jíireté, si mes esclaves étoi-ent fidelles : que íera-ce sils ne le font pas ; Quel-les tristes nouvelles peuvent men venir dans les païséloignés, que je vais parcourir ; Cest un mal , o'ùmes amis ne peuvent porter de remède : cest un lieu ,dont ils doivent ignorer les tristes secrets : & quypourroient-ils faire ; naimerois-je pas mille foismieux une obscure impunité , qu une correction é-elatante ; Je dépose en ton cœur tous mes chagrins,mon cher Neilìr ; cest la feule consolation qui mareste, dans létat ou je fuis. f

D'Erzéron le 10. de la Lunedc Reliai 2.17u.

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