PERSANES.
l?7
LETTRE CXXXVIÏ.
USBEKíNESSIR.
A Ifyahan .
H Eureux celui qui connoissant tout 1« prix (Tu-ne vie douce & tranquille , repose son cœurau milieu de sa famille 5 & ne connoît d’au-tre terre que celle qui lui a donné le jour.
Je vis dans un climat barbare , présent à tout cequi nsimportune , absent de tout ce qui m’intéresse ;une tristesse sombre me saisit ; je tombe dans un ac-cablement affreux ; il me semble que je nsanéautis :& je ne me retrouve moi-même , quelorsqu’une som-bre jalousie vient s’allumer , & enfanter dans monsme la crainte , les soupçons , la haine , & les re-grets.
Tu me connais , Nestìr , tu as toujours vu dansmon cœur comme dans le tien : je te ferois pitié,si tu sçavois mon état déplorable : j’attens quelque-fois six mois entiers des nouvelles du Serrail ; jecompte tous les instans qui s’écoulent , mon impa-tience me les allonge toujours : ót lorsque celui quia été tant attendu , est prêt d’arriver , il se sut dansmon cœur une révolution soudaine ; ma main trem-ble d’ouvrir une Lettre fatale : cette inquiétude quime désespérois , je la trouve sétat le plus heureux,où je puisse être j & je crains d'en sortir par un coupplus cruel pour moi que mille morts.
Tem. II. M Mais