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Lettres Persanes / [Charles Louis de Secondat de Montesquieu]
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LETTRES

17S

Mais quelque raison que j'aye eti de sortir de niaPatrie ; quoique je doive ma vie à ma retraite ; je nepuis plus, Neíïir , rester dans cet affreux exil. Ehne mourrois-je pas tout de même en proye a meschagrins ? Jai pressé mille fois Rica de quitter cetteterre étrangère : mais il soppoíe à toutes mes résolu-tions : il mattache ici par mille prétextes : il sem-ble quil ait oublié sa Patrie ; ou plutôt il semblequil mait oublié moi-même ; tant il est insensible àmes déplaisirs.

Malheureux que je fuis ! Je souhaite de revoirina Patrie , peut-être pour devenir plus malheureuxencore ! Eh quy ferai-je ? Je vais rapporter ma têteà mes Ennemis. Ce nest pas tout : jentrerai dansle Serrail : il faut que jy demande compte du teinsfuneste de mon absence : & si jy trouve des coupa-bles , que deviendrai-je ? & si la feule idée m accablede si loin ; que sera-ce lorsque ma présence la ren-dra plus vive ? Que sera-ce ssil faut que je voye,sil faut que jentende ce que je nôse imaginer sansfrémir ? Que sera-ce enfin , sil faut que des chati-mens que je prononcerai moi-même , soient des mar-ques éternelles de ma confusion , & de mon désespoir?

Jirai menfermer dans des murs plus terriblespour moi , que pour les femmes qui y font gardées!jy porterai tous mes soupçons ; leurs empresiemensne m*en déroberont rien : dans mon lit , dans leursbras , je ne jouirai que de mes inquiétudes : dans untems si peu propre aux résiéxions , ma jalousie trou-vera à en faire. but indigne de la nature humaine:Esclaves vils, dont le cœur a été fermé pour jamais

à tous