LETTRES
17S
Mais quelque raison que j'aye eti de sortir de niaPatrie ; quoique je doive ma vie à ma retraite ; je nepuis plus, Neíïir , rester dans cet affreux exil. Ehne mourrois-je pas tout de même en proye a meschagrins ? J’ai pressé mille fois Rica de quitter cetteterre étrangère : mais il s’oppoíe à toutes mes résolu-tions : il m’attache ici par mille prétextes : il sem-ble qu’il ait oublié sa Patrie ; ou plutôt il semblequ’il m’ait oublié moi-même ; tant il est insensible àmes déplaisirs.
Malheureux que je fuis ! Je souhaite de revoirina Patrie , peut-être pour devenir plus malheureuxencore ! Eh qu’y ferai-je ? Je vais rapporter ma têteà mes Ennemis. Ce n’est pas tout : j’entrerai dansle Serrail : il faut que j’y demande compte du teinsfuneste de mon absence : & si j’y trouve des coupa-bles , que deviendrai-je ? & si la feule idée m accablede si loin ; que sera-ce lorsque ma présence la ren-dra plus vive ? Que sera-ce ssil faut que je voye,s’il faut que j’entende ce que je n’ôse imaginer sansfrémir ? Que sera-ce enfin , s’il faut que des chati-mens que je prononcerai moi-même , soient des mar-ques éternelles de ma confusion , & de mon désespoir?
J’irai m’enfermer dans des murs plus terriblespour moi , que pour les femmes qui y font gardées!j’y porterai tous mes soupçons ; leurs empresiemensne m*en déroberont rien : dans mon lit , dans leursbras , je ne jouirai que de mes inquiétudes : dans untems si peu propre aux résiéxions , ma jalousie trou-vera à en faire. Ré but indigne de la nature humaine:Esclaves vils, dont le cœur a été fermé pour jamais
à tous