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LES ROUGON-MACQUA.RT.
sait pas, il trouvait trop gamine sa tête blafarde de Pier-rot, serrée aux tempes par le béguin. Mais ce qui l’éton-nait, c’était la force de cette enfant, une force ner-veuse où il entrait beaucoup d’adresse. Elle emplissaitsa berline plus vite que lui, à petits coups de pelle régu-liers et rapides; elle la poussait ensuite jusqu’au planincliné, d’une seule poussée lente, sans accrocs, passantà l’aise sous les roches basses. Lui, se massacrait,déraillait, restait en détresse.
A la vérité, ce n’était point un chemin commode. Ily avait une soixantaine de mètres, de la taille au planincliné ; et la voie, que les mineurs de la coupe à terren’avaient pas encore élargie, était un véritable boyau,de toit très inégal, renflé de continuelles bosses : à cer-taines places, la berline chargée passait tout juste, leherscheur devait s’aplatir, pousser sur les genoux,pour ne pas se fendre la tète. D’ailleurs, les boispliaient et cassaient déjà. On les voyait, rompus aumilieu, en longues déchirures pâles, ainsi que des bé-quilles trop faibles. Il fallait prendre garde de s’écorcherà ces cassures; et, sous le lent écrasement qui faisaitéclater des rondins de chêne gros comme la cuisse, onse coulait à plat ventre, avec la sourde inquiétude d’en-tendre brusquement craquer son dos.
— Encore ! dit Catherine en riant.
La berline d’Etienne venait de dérailler, au passagele plus difficile. Il n’arrivait point à rouler droit, surces rails qui se faussaient dans la terre humide; et iljurait, il s’emportait, se battait rageusement avec lesroues, qu’il ne pouvait, malgré des efforts exagérés,remettre en place. '
— Attends donc, reprit la jeune fille. Si tu te fâches,jamais ça ne marchera.
Adroitement, elle s’était glissée, avait enfoncé àreculons le derrière sous la berline ; et, d’une pesée