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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

47

Espèce de couleuvre ! ça na pas la force dunefille !... Et veux-tu remplir ta berline ! Hein? cest pourménager tes bras... Nom de Dieu ! je te retiens les dixsous, si tu nous en fais refuser une !

Le jeune homme évitait de répondre, trop heureuxjusque davoir trouvé ce travail de bagne, acceptantla brutale hiérarchie du manœuvre et du maître ouvrier.Mais il nallait plus, les pieds en sang, les membrestordus de crampes atroces, le tronc serré dans une cein-ture de fer. Heureusement, il était dix heures, le chantierse décida à déjeuner.

Maheu avait une montre, quil ne regarda même pas.Au fond de cette nuit sans astres, jamais il ne se trom-pait de cinq minutes. Tous remirent leur chemise et leurveste. Puis, descendus de la taille, ils saccroupirent, lescoudes aux flancs, les fesses sur leurs talons, dans cetteposture si habituelle aux mineurs, quils la gardentmême hors de la mine, sans éprouver le besoin dunpavé ou dune poutre pour sasseoir. Et chacun, ayantsorti son briquet, mordait gravement à lépaisse tranche,en lâchant de rares paroles sur le travail de la matinée.Catherine, demeurée debout, finit par rejoindre Étienne,qui sétait allongé plus loin, en travers des rails, ledos contre les bois. Il y avait une place à peu prèssèche.

Tu ne manges pas? demanda-t-elle, la bouchepleine, son briquet à la main.

Puis, elle se rappela ce garçon errant dans la nuit,sans un sou, sans un morceau de pain peut-être.

Yeux-tu partager avec moi?

Et, comme il refusait, en jurant quil navait pas faim,la voix tremblante du déchirement de son estomac, ellecontinua gaiement :

Ah! si tu es dégoûté!... Mais, tiens! je nai morduque de ce côté-ci, je vais te donner celui-.