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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

63

Quest-ce que vous fichez, tous? Allons, houp :bougresses qui m amenez un homme ici Gest propre,de venir faire vos saletés dans ma paille.

Mouquette trouvait ça drôle, se tenait le ventre. MaisEtienne, gêné, sen alla, tandis que Catherine lui sou-riait. Comme tous trois retournaient à laccrochage,-bert et Jeanlin y arrivaient aussi, avec un train de ber-lines. Il y eut un arrêt pour la manœuvre des cages, etla jeune fille sapprocha de leur cheval, le caressa de lamain, en parlant de lui à son compagnon. Cétait Ba-taille, le doyen de la mine, un cheval blanc qui avaitdix ans de fond. Depuis dix ans, il vivait dans ce trou,occupant le même coin de lécurie, faisant la même tâ-che le long des galeries noires, sans avoir jamais revule jour. Très gras, le poil luisant, lair bonhomme, ilsemblait y couler une existence de sage, à labri desmalheurs de-haut. Du reste, dans les ténèbres, il étaitdevenu dune grande malignité. La voie il travaillait,avait fini par lui être si familière, quil poussait de latête les portes daérage, et quil se baissait, afin de ne pas secogner, aux endroits trop bas. Sans doute aussi il comp-tait ses tours, car lorsquil avait fait le nombre régle-mentaire de voyages, il refusait den recommencer unautre, on devait le reconduire à sa mangeoire. Mainte-nant, lâge venait, ses yeux de chat se voilaient parfoisdune mélancolie. Peut-être revoyait-il vaguement, aufond de ses rêvasseries obscures, le moulin il était, près de Marchiennes, un moulin planté sur le bordde la Scarpe, entouré de larges verdures, toujours éventépar le vent. Quelque chose brûlait en lair, une lampeénorme, dont le souvenir exact échappait à sa mémoirede bête. Et il restait la tête basse, tremblant sur sesvieux pieds, laisant dinutiles efforts pour se rappelerle soleil.

Cependant, les manœuvres continuaient dans le puits,