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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

qui partait ; mais celui-ci hochait la tête, sans ajouterun mot, et le jeune homme le regarda monter pénible-ment le chemin du coron. Madame Rasseneur, en trainde servir des clients, venait de le prier dattendre uneminute, pour quelle le conduisit à sa chambre, il sedébarbouillerait. Devait-il rester ? Une hésitation lavaitrepris, un malaise qui lui faisait regretter la liberté desgrandes routes, la faim au soleil, soufferte avec la joiedêtre son maître. Il lui semblait quil avait vécu desannées, depuis son arrivée sur le terri, au milieu desbourrasques, jusquaux heures passées sous la terre, àplat ventre dans les galeries noires. Et il lui répugnait derecommencer, cétait injuste et trop dur, son orgueildhomme se révoltait, à lidée dêtre une béte quon aveu-gle et quon écrase.

Pendant quÉtienne se débattait ainsi, ses yeux qui er-raient sur la plaine immense, peu à peu laperçurent.Il sétonna, il ne sétait pas figuré lhorizon de lasorte, lorsque le vieux Bonnemort le lui avait indi-qué du geste, au fond des ténèbres. Devant lui, il retrou-vait bien le Yoreux, dans un pli de terrain, avec sesbâtiments de bois et de briques, le criblage goudronné,le beffroi couvert dardoises, la salle de la machine etla haute cheminée dun rouge pâle, tout cela tassé,lair mauvais. Mais, autour des bâtiments, le carreausétendait, et il ne se limaginait pas si large, changéen un lac dencre par les vagues montantes du stockde charbon, hérissé des hauts chevalets qui por-taient les rails des passerelles, encombré dans un coinde la provision des bois, pareille à la moisson duneforêt fauchée. Vers la droite, le terri barrait la vue,colossal comme une barricade de géants, déjà couvertdherbe dans sa partie ancienne, consumé à lautre boutpar un feu intérieur qui brûlait depuis un an, avec unefumée épaisse, en laissant à la surface, au milieu du