GERMINAL.
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gris blafard des schistes et des grès, de longues traî-nées de rouille sanglante. Puis, les champs se dérou-laient, des champs sans fin de blé et de betteraves, nusà cette époque de l'année, des marais aux végétationsdures, coupés de quelques saules rabougris, desprairies lointaines, que séparaient des files maigres depeupliers. Très loin, de petites taches blanches indi-quaient des villes, Marchiennes au nord, Montsou aumidi ; tandis que la forêt de Vandame, à l’est, bordaitl’horizon de la ligne violâtre de ses arbres dépouillés.Et, sous le ciel livide, dans le jour bas de cette après-midi d’hiver, il semblait que tout le noir du Yoreux,toute la poussière volante de la houille se fût abattuesur la plaine, poudrant les arbres, sablant les routes,ensemençant la terre.
Etienne regardait, et ce qui le surprenait surtout,c’était un canal, la rivière de la Scarpe canalisée, qu’iln’avait pas vu dans la nuit. Du Voreux à Marchiennes,ce canal allait droit, un ruban d’argent mat de deuxlieues, une avenue bordée de grands arbres, élevée au-dessus des bas terrains, filant à l’infini avec la perspec-tive de ses berges vertes, de son eau pâle où glissaitl’ar-rière vermillonné des péniches. Près de la fosse, il yavait un embarcadère, des bateaux amarrés, que lesberlines des passerelles emplissaient directement. Ensuite,le canal faisait un coude, coupait de biais les marais ; ettoute l’âme de cette plaine rase paraissait être là, danscette eau géométrique qui la traversait comme une granderoute, charriant la houille et le fer.
Les regards d’Etienne remontaient du canal au coron,bâti sur le plateau, et dont il distinguait seulement lestuiles rouges. Puis, ils revenaient vers le Yoreux, s'ar-rêtaient, en bas de la pente argileuse, à deux énormes tasde briques, fabriquées et cuites sur place. Un embran-chement du chemin de fer de la Compagnie passait der-
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