94 LES R0U60N-MACQUART.
continuait à ronfler, dans l’affreux charivari des en-fants.
— C’est prêtl y êtes-vous,là-haut? cria la Maheude.
Elle avait rabattu les volets, secoué le feu, remis du
charbon. Son espoir était que le vieux n’eût pas engloutitoute la soupe. Mais elle trouva le poêlon torché, elle fitcuire une poignée de vermicelle, qu’elle tenait en réservedepuis trois jours. On l’avalerait à l’eau, sans beurre ;il ne devait rien rester de la lichette de la veille; etelle fut surprise de voir que Catherine, en préparant lesbriquets, avait fait le miracle d’en laisser gros commeune noix. Seulement, cette fois, le buffet était bien vide :rien, pas une croûte, pas un fond de provision, pas unos à ronger. Qu’allaient-ils devenir, si Maigrat s’entêtaità leur couper le crédit, et si les bourgeois de la Piolaincne lui donnaient pas cent sous? Quand les hommes et lafille reviendraient de la fosse, il faudrait pourtant man-ger ; car on n’avait pas encore inventé de vivre sansmanger, malheureusement.
— Descendez-vous, à la fin! cria-t-elle en se fâchant.Je devrais être partie.
Lorsque Alzire et les enfants furent là, elle partageale vermicelle dans trois petites assiettes. Elle, disait-elle,n’avait pas faim. Bien que Catherine eût déjà passé del’eau sur le marc de la veille, elle en remit une secondefois et avala deux grandes chopes d’un café tellementclair, qu’il ressemblait à de l’eau de rouille. Ça la sou-tiendrait tout de même.
— Écoute, répétait-elle à Alzire, tu laisseras dormirton grand-père, tu veilleras bien à ce que Estelle ne secasse pas la tête, et si elle se réveillait, si elle gueulaittrop, tiens ! voici un morceau de sucre, tu le ferais fondre,tu lui en donnerais des cuillerées... Je sais que tu esraisonnable, que tu ne le mangeras pas.
— Et l’école, maman?