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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

jai accouché la seconde fois, parce que, paraît-il, ça medérangeait des choses dans les os. Dailleurs, cest à cemoment que je me suis mariée, et javais assez de beso-gne à la maison... Mais, du côté de mon mari, voyez-vous, ils sont-dedans depuis des éternités. Ça remonteau grand-père du grand-père, enfin on ne sait pas, toutau commencement, quand on a donné le premier coupde pioche-bas, à Réquillart.

Rêveur, M. Grégoire regardait cette femme et cesenfants pitoyables, avec leur chair de cire, leurs cheveuxdécolorés, la dégénérescence qui les rapetissait, rongésdanémie, dune laideur triste de meurt-de-faim. Un nou-veau silence sétait fait, on nentendait plus que la houillebrûler en lâchant un jet de gaz. La salle moite avait cetair alourdi de bien-être, dont sendorment les coins debonheur bourgeois.

Que fait-elle donc ? sécria Cécile, impatientée.Mélanie, monte lui dire que le paquet est en bas de lar-moire, à gauche.

Cependant, M. Grégoire acheva tout haut les réflexionsque lui inspirait la vue de ces affamés.

On a du mal en ce monde, cest bien vrai; mais, mabrave femme, il faut dire aussi que les ouvriers ne sontguère sages... Ainsi, au lieu de mettre des sous de côtécomme nos paysans, les mineurs boivent, font des dettes,finissent par navoir plus de quoi nourrir leur famille.

Monsieur a raison, répondit posément la Maheude.On nest pas toujours dans la bonne route. Cest ce queje répète aux vauriens, quand ils se plaignent... Moi, jesuis bien tombée, mon mari ne boit pas. Tout de même,les dimanches de noce, il en prend des fois de trop;mais ça ne va jamais plus loin. La chose est dautant plusgentille de sa part, quavant notre mariage, il buvait envrai cochon, sauf votre respect... Et voyez, pourtant, çane nous avance pas à grandchose, quil soit raisonnable.