III
Onze heures sonnaient à la petite église du coron desDeux-Cent-Quarante, une chapelle de briques, où l’abbéJoire venait dire la messe, le dimanche. A côté, dansl’école, également en briques, on entendait les voixânonnantes des enfants, malgré les fenêtres fermées aufroid du dehors. Les larges voies, divisées en petits jar-dins adossés, restaient désertes, entre les quatre grandscorps de maisons uniformes ; et ces jardins, ravagés parl’hiver, étalaient la tristesse de leur terre marneuse, quebossuaient etsalissaientles derniers légumes. On faisait lasoupe, les cheminées fumaient, une femme apparaissait deloin enloin le long des façades, ouvrait une porte, dispa-raissait. D’un bout à l’autre, sur le trottoir pavé, lestuyaux de descente s’égouttaient dans des tonneaux, bienqu’il ne plût pas, tant le ciel gris était chargé d’humi-dité. Et ce village, bâti d’un coup au milieu du vasteplateau, bordé de ses routes noires comme d’un liséré dedeuil, n’avait d’autre gaieté que les bandes régulières deses tuiles rouges, sans cesse lavées par les averses.
Quand la Maheude rentra, elle fît un détour pour alleracheter des pommes de terre, chez la femme d’un sur-veillant, qui en avait encore de sa récolte. Derrière un