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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

durement des appointements médiocres, et dont elle netirait aucune des satisfactions vaniteuses, rêvées en pen-sion. Lui, dune honnêteté stricte, ne spéculait point, setenait à son poste, en soldat. Le désaccord navait faitque grandir, aggravé par un de ces singuliers malenten-dus de la chair qui glacent les plus ardents : il adoraitsa femme, elle était dune sensualité de blonde gour-mande, et déjà ils couchaient à part, mal à laise, tout desuite blessés. Elle eut dès lors un amant, quil ignora.Enfin, il quitta le Pas-de-Calais, pour venir occuper àParis une situation de bureau, dans lidée quelle lui enserait reconnaissante. Mais Paris devait achever la sépa-ration, ce Paris quelle souhaitait depuis sa premièrepoupée, et elle se lava en huit jours de sa province,élégante dun coup, jetée à toutes les folies luxueuses delépoque. Les dix ans quelle y passa furent emplis parune grande passion, une liaison publique avec un homme,dont labandon faillit la tuer. Cette fois, le mari navaitpu garder son ignorance, et il se résigna, à la suite descènes abominables, désarmé devant la tranquille incons-cience de cette femme, qui prenait son bonheur elle letrouvait. Cétait après la rupture, lorsquil lavait vuemalade de chagrin, quil avait accepté la direction desmines de Montsou, espérant encore la corriger-bas,dans ce désert des pays noirs.

Les Hennebeau, depuis quils habitaient Montsou,retournaient à lennui irrité des premiers temps deleur mariage. Dabord, elle parut soulagée par cegrand calme, goûtant un apaisement dans la monotonieplate de limmense plaine ; et elle senterrait en femmefinie, elle affectait davoir le cœur mort, si détachée dumonde, quelle ne souffrait même plus dengraisser. Puis,sous cette indifférence, une fièvre dernière se déclara, unbesoin de vivre encore, quelle trompa pendant six moisen organisant et en meublant à son goût le petit hôtel