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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

forme de fable, il y avait de tout, du pain, des pommes,des litres de genièvre entamés : une vraie caverne scé-lérate, du butin entassé depuis des semaines, mêmedu butin inutile, du savon et du cirage, volés pour leplaisir du vol. Et le petit, tout seul au milieu de ces ra-pines, en jouissait en brigand égoïste.

Dis donc, est-çe que tu te fous du monde? criaÉtienne, lorsquil eut soufflé un moment. Tu descends tegoberger ici, quand nous crevons de faim-haut?

Jeanlin, atterré, tremblait. Mais, en reconnaissant lejeune homme, il se tranquillisa vite.

Yeux-tu dîner avec moi? finit-il par dire. Hein? unmorceau de morue grillée?... Tu vas voir.

Il navait pas lâché sa morue, et il sétait mis à engratter proprement les chiures de mouche, avec unbeau couteau neuf, un de ces petits couteaux-poignardsà manche dos, sont inscrites des devises. Celui-ciportait le mot « Amour », simplement.

Tu as un joli couteau, fît remarquer Etienne.

Cest un cadeau de Lydie, répondit Jeanlin, quinégligea dajouter que Lydie lavait volé, sur son ordre,à un camelot de Montsou, devant le débit de la Tête-Coupée.

Puis, comme il grattait toujours, il ajouta dun airfier :

N'est-ce pas quon est bien chez moi?... On a unpeu plus chaud que-haut, et ça sent joliment meil-leur !

Étienne sétait assis, curieux de le faire causer. Il na-vait plus de colère, un intérêt le prenait, pour cettecrapule denfant, si brave et si industrieux dans sesvices. Et, en effet, il goûtait un bien-être, au fond de cetrou : la chaleur ny était plus trop forte, une tempéra-ture égale y régnait en dehors des saisons, dune tiédeurde bain, pendant que le rude décembre gerçait sur la