GERMINAL.
33b
Il parut surpris.
— Gomment ! cinq centimes ! À propos de quoi cettedemande? Moi, je ne me plains pas de vos boisages, jene yeux pas vous imposer un nouveau tarif, comme laRégie de Montsou.
— C’est possible, mais les camarades de Montsou sonttout de même dans le vrai. Ils repoussent le tarif et ilsexigent une augmentation de cinq centimes, parce qu’iln’y a pas moyen de travailler proprement, avec les mar-chandages actuels... Nous voulons cinq centimes de plus,n’est-ce pas, vous autres ?
Des voix approuvèrent, le bruit reprenait, au milieude gestes violents. Peu à peu, tous se rapprochaient enun cercle étroit.
Une flamme alluma les yeux de Deneulin, tandis quesa poigne d’homme amoureux des gouvernements forts,se serrait, de peur de céder à la tentation d’en saisirun par la peau du cou. Il préféra discuter, parlerraison.
— Vous voulez cinq centimes, et j’accorde que labesogne les vaut. Seulement, je ne puis pas vous les don-ner. Si je vous les donnais, je serais simplement fichu...Comprenez donc qu’il faut que je vive, moi d’abord, pourque vous viviez. Et je suis à bout, la moindre augmenta-tion du prix de revient me ferait faire la culbute... Il ya deux ans, rappelez-vous, lors de la dernière grève,j’ai cédé, je le pouvais encore. Mais cette hausse du sa-laire n’en a pas moins été ruineuse, car voici deuxannées que je me débats.... Aujourd’hui, j’aimeraismieux lâcher la boutique tout de suite, que de ne sa-voir, le mois prochain, où prendre de l’argent pour vouspayer.
Chaval avait un mauvais rire, en face de ce maîtrequi leur contait si franchement ses affaires. Les autresbaissaient le nez, têtus, incrédules, refusant de s’entrer