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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

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amant, pour quon ne lui fit pas du mal. Des têtes nuesséchevelaient au grand air, on nentendait que le cla-quement des sabots, pareil à un galop de bétail lâché,emporté dans la sonnerie sauvage.de Joanlin.

Mais, tout de suite, un nouveau cri séleva.

Du pain ! du pain ! du pain !

Il était midi, la faim des six semaines de grève sé-veillait dans les ventres vides, fouettée par cette courseen pleins champs. Les croûtes rares du matin, les quel-ques châtaignes de la Mouquette, étaient loin déjà ; etles estomacs criaient, et cette souffrance sajoutait à larage contre les traîtres.

Aux fosses ! plus de travail ! du pain ;

Étienne, qui avait refusé de manger sa part, au coron,éprouvait dans la poitrine une sensation insupportabledarrachement. Il ne se plaignait pas ; mais, dun gestemachinal, il prenait sa gourde de temps à autre, il ava-lait une gorgée de genièvre, si frissonnant, quil croyaitavoir besoin de ça pour aller jusquau bout. Ses jouesséchauffaient, une flamme allumait ses yeux. Cependant,il gardait sa tête, il voulait encore éviter les dégâtsinutiles.

Comme on arrivait au chemin de Joiselle, un haveurde Vandame, qui sétait joint à la bande par vengeancecontre son patron, jeta les camarades vers la droite,en hurlant :

A Caston-Marie ! faut arrêter la pompe ! faut queles eaux démolissent Jean-Bart!

La foule entraînée tournait déjà, malgré les protesta-tions dÉtienne, qui les suppliait de laisser épuiser leseaux. A quoi bon détruire les galeries ? cela révoltait soncœur douvrier, malgré son ressentiment. Maheu, luiaussi, trouvait injuste de sen prendre à une machine.Mais le haveur lançait toujours son cri de vengeance, etil fallut quÉtienne criât plus fort :