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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

413

Ah ! bougre, tu nempliras plus nos filles!

Oui, cest fini de te payer sur la bête, nous nypasserons plus toutes, à tendre le derrière pour avoirun pain.

Tiens ! je te dois six francs, veux-tu prendre un a-compte ? moi, je veux bien, si tu peux encore !

dette plaisanterie les secoua dune gaieté terrible.Elles se montraient le lambeau sanglant, comme unebête mauvaise, dont chacune avait eu à souffrir, etquelles venaient décraser enfin, quelles voyaient,inerte, en leur pouvoir. Elles crachaient dessus, ellesavançaient leurs mâchoires, en répétant, dans un fu-rieux éclat de mépris :

Il ne peut plus! il ne peut plusl... Ce nest plusun homme quon va foutre dans la terre... Ya doncpourrir, bon à rien !

La Brûlé, alors, planta tout le paquet au bout de sonbâton ; et, le portant en T air, le promenant ainsi quundrapeau, elle se lança sur la route, suivie de la déban-dade hurlante des femmes. Des gouttes de sang pou-vaient, cette chair lamentable pendait, comme un dé-chet de viande à létal dun boucher. En haut, à la fe-nêtre, madame Maigrat ne bougeait toujours pas ; mais,sous la dernière lueur du couchant, les défauts brouillésdes vitres déformaient sa face blanche, qui semblait rire.Battue, trahie à chaque heure, les épaules pliées du ma-tin au soir sur un registre, peut-être riait-elle, quand labande des femmes galopa, avec la bête mauvaise, la bêteécrasée, au bout du bâton.

Cette mutilation affreuse sétait accomplie dans unehorreur glacée. Ni Étienne, ni Maheu, ni les autres,n'avaient eu le temps dintervenir : ils restaient immo-biles, devant ce galop de furies. Sur la porte de les-taminet Tison, des têtes se montraient, Rasseneur blêmede révolte, et Zacharie, et Philomène, stupéfiés davoir