Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

420

LES ROUGON-MACQUART.

grève sétait aggravée : Crèvecœur, Mirou, Madeleinearrêtaient lextraction, comme le Voreux ; Feutry-Cantelet laYictoire perdaient de leur monde chaque matin ;à Saint-Thomas, jusque- indemne, des hommes man-quaient. Cétait maintenant une obstination muette, enface de ce déploiement de forceront sexaspérait lorgueildes mineurs. Les corons semblaient déserts, au milieu deschamps de betteraves. Pas un ouvrier ne bougeait, àpeine en rencontrait-on un par hasard, isolé, le regardoblique, baissant la tête devant les pantalons rouges.Et, sous cette grande paix morne, dans cet entêtementpassif, se butant contre les fusils, il y avait la douceurmenteuse, lobéissance forcée et patiente des fauvesen cage, les yeux sur le dompteur, prêts à lui mangerla nuque, sil tournait le dos. La Compagnie, que cettemort du travail ruinait, parlait dembaucher des mineursdu Borinage, à la frontière belge; mais elle nosait point ;de sorte que la bataille en restait, entre les charbon-niers qui senfermaient chez eux, et les fosses mortes,gardées par la troupe.

Dès le lendemain de la journée terrible, cette paixsétait produite, dun coup, cachant une panique telle,quon faisait le plus de silence possible sur les dégâtset les atrocités. Lenquête ouverte établissait que Mai-grat était mort de sa chute, et laffreuse mutilation ducadavre demeurait vague, entourée déjà dune légende. Deson côté, la Compagnie navouait pas les dommagessoufferts, pas plus que les Grégoire ne se souciaient decompromettre leur fille dans le scandale dun procès,elle devrait témoigner. Cependant, quelques arrestationsavaient eu lieu, des comparses comme toujours, imbé-ciles et ahuris, ne sachant rien. Par erreur, Pierron étaitallé, les menottes aux poignets, jusquà Marchiennes,ce dont les camarades riaient encore. Rasseneur, égale-ment, avait failli être emmené entre deux gendarmes. On