GERMINAL.
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Dès le cinquième jour, Étienne n’alluma plus que pourmanger. Les morceaux ne passaient pas, lorsqu’il lesavalait dans la nuit. Cette nuit interminable, complète,toujours du même noir, était sa grande souffrance. Ilavait beau dormir en sûreté, être pourvu de pain, avoirchaud, jamais la nuit n’avait pesé si lourdement à soncrâne. Elle lui semblait être comme l’écrasement mêmede ses pensées. Maintenant, voilà qu’il vivait de vols !Malgré ses théories communistes, les vieux scrupulesd’éducation se soulevaient, il se contentait de pain sec,rognait sa portion. Mais comment faire? il fallait bienvivre, sa tâche n’était pas remplie. Une autre hontel’accablait, le remords de cette ivresse sauvage, du ge-nièvre bu dans le grand froid, l’estomac vide, et quil’avait jeté sur Chaval, armé d’un couteau. Cela remuaiten lui tout un inconnu d’épouvante, le mal héréditaire,la longue hérédité de soûlerie, ne tolérant plus unegoutte d’alcool sans tomber à la fureur homicide. Fini-rait-il donc en assassin? Lorsqu’il s’était trouvé à l’abri,dans ce calme profond de la terre, pris d’une satiété deviolence, il avait dormi deux jours d’un sommeil de brute,gorgée, assommée ; et l’écœurement persistait, il vivaitmoulu, la bouche amère, la tête malade, comme à lasuite de quelque terrible noce. Une semaine s’écoula;les Maheu, avertis, ne purent envoyer une chandelle : ilfallut renoncer à voir clair, même pour manger.
Maintenant, durant des heures, Étienne demeuraitallongé sur son foin. Des idées vagues le travaillaient, qu’ilne croyait pas avoir. C’était une sensation de supérioritéqui le mettait à part des camarades, une exaltation desa personne, à mesure qu’il s’instruisait. Jamais il n’avaittant réfléchi, il se demandait pourquoi son dégoût, le len-demain de la furieuse course au travers des fosses ; et iln’osait se répondre, des souvenirs le répugnaient, la bas-sesse des convoitises, la grossièreté des instincts, l’odeur