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LES KOUGON-MACQUART.
lui cassât si aisément : elle pouvait perdre des millions,ce serait plus tard sur les ouvriers qu’elle les rattrape-rait, en rognant leur pain. Cette nuit-là, ayant pousséjusqu’à Jean-Bart, il devina la vérité, quand un surveil-lant lui conta qu’on parlait de céder Yandame à Montsou.C'était, disait-on, chez Deneulin, une misère pitoyable,la misère des riches, le père malade d’impuissance,vieilli par le souci de l’argent, les filles luttant aumilieu des fournisseurs, tâchant de sauver leurs che-mises. On souffrait moins dans les corons affamés quedans cette maison de bourgeois, où l’on se cachait pourboire de l’eau. Le travail n’avait pas repris à Jean-Bart,et il avait fallu remplacer la pompe de Gaston-Marie;sans compter que, malgré toute la hâte mise, un com-mencement d’inondation s’était produit, qui nécessitaitde grandes dépenses. Deneulin venait de risquer enfin sademande d’un emprunt de cent mille francs aux Gré-goire, dont le refus, attendu d’ailleurs, l’avait achevé :•s’ils refusaient, c’était par affection, afin de lui éviterune lutte impossible ; et ils lui donnaient le conseil devendre. Il disait toujours non, violemment. Cela l’enra-geait de payer les frais de la grève, il espérait d’aborden mourir, le sang à la tète, le cou étranglé d’apoplexie.Puis, que faire? il avait écouté les offres. On le chi-canait, on dépréciait cette proie superbe, ce puits réparé,équipé à neuf, où le manque d’avances paralysait seull’exploitation. Bien heureux encore s’il en tirait de quoidésintéresser ses créanciers. Il s’était, pendant deuxjours, débattu contre les régisseurs campés à Montsou,furieux de la façon tranquille dont ils abusaient de sesembarras, leur criant jamais, de sa voix retentissante. Etl’affaire en restait là, ils étaient retournés à Paris atten-dre patiemment son dernier râle. Étienne flaira cettecompensation aux désastres, repris de découragementdevant la puissance invincible des gros capitaux, si forts