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Germinal / par Émile Zola
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LES KOUGON-MACQUART.

lui cassât si aisément : elle pouvait perdre des millions,ce serait plus tard sur les ouvriers quelle les rattrape-rait, en rognant leur pain. Cette nuit-, ayant pousséjusquà Jean-Bart, il devina la vérité, quand un surveil-lant lui conta quon parlait de céder Yandame à Montsou.C'était, disait-on, chez Deneulin, une misère pitoyable,la misère des riches, le père malade dimpuissance,vieilli par le souci de largent, les filles luttant aumilieu des fournisseurs, tâchant de sauver leurs che-mises. On souffrait moins dans les corons affamés quedans cette maison de bourgeois, lon se cachait pourboire de leau. Le travail navait pas repris à Jean-Bart,et il avait fallu remplacer la pompe de Gaston-Marie;sans compter que, malgré toute la hâte mise, un com-mencement dinondation sétait produit, qui nécessitaitde grandes dépenses. Deneulin venait de risquer enfin sademande dun emprunt de cent mille francs aux Gré-goire, dont le refus, attendu dailleurs, lavait achevé :sils refusaient, cétait par affection, afin de lui éviterune lutte impossible ; et ils lui donnaient le conseil devendre. Il disait toujours non, violemment. Cela lenra-geait de payer les frais de la grève, il espérait daborden mourir, le sang à la tète, le cou étranglé dapoplexie.Puis, que faire? il avait écouté les offres. On le chi-canait, on dépréciait cette proie superbe, ce puits réparé,équipé à neuf, le manque davances paralysait seullexploitation. Bien heureux encore sil en tirait de quoidésintéresser ses créanciers. Il sétait, pendant deuxjours, débattu contre les régisseurs campés à Montsou,furieux de la façon tranquille dont ils abusaient de sesembarras, leur criant jamais, de sa voix retentissante. Etlaffaire en restait, ils étaient retournés à Paris atten-dre patiemment son dernier râle. Étienne flaira cettecompensation aux désastres, repris de découragementdevant la puissance invincible des gros capitaux, si forts