II
Depuis deux jours, la neige tombait; elle avait cessé lemalin, une gelée intense glaçait l’immense nappe; et cepays noir, aux routes d’encre, aux murs et aux arbrespoudrés des poussières de la houille, était tout blanc,d’une blancheur unique, à l’infini. Sous la neige, le corondes Deux-Cent-Quarante gisait, comme disparu. Pasune fumée ne sortait des toitures. Les maisons sans feu,aussi froides que les pierres des chemins, ne fondaientpas l’épaisse couche des tuiles. Ce n’était plus qu’unecarrière de dalles blanches, dans la plaine blanche, unevision de village mort, drapé de son linceul. Le long desrues, les patrouilles qui passaient avaient seules laisséle gâchis boueux de leur piétinement.
Chez les Maheu, la dernière pelletée d’escarbilles étaitbrûlée depuis la veille'; et il ne fallait plus songer à laglane sur le terri, par ce terrible temps, lorsque lesmoineaux eux-mêmes ne trouvaient pas un brin d’herbe.Alzire, pour s’être entêtée, ses pauvres mains fouillantla neige, se mourait. La Maheude avait dû l’envelopperdans un lambeau de couverture, en attendant le docteurYanderhaghen, chez qui elle était allée deux fois déjà,sans pouvoir le rencontrer ; la bonne venait cependant
37