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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

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coup sûr une farce, car il ne décolérait pas contre lessoldats, il demandait quand on serait débarrassé de cesassassins, quon envoyait avec des fusils tuer le monde.

Un instant, Étienne hésita à lap peler, pour lempê-cher de faire quelque bêtise. La lune sétait cachée, illavait vu se ramasser sur lui-même, prêt à bondir; maisla lune reparaissait, et lenfant restait accroupi. A cha-que tour, la sentinelle savançait jusquà la cabane, puistournait le dos et repartait. Et, brusquement, comme unnuage jetait ses ténèbres, Jeanlin sauta sur les épaulesdu soldat, dun bond énorme de chat sauvage, sy agrippade ses griffes, lui enfonça dans la gorge son couteaugrand ouvert. Le col de crin résistait, il dut appuyer desdeux mains sur le manche, sy pendre de tout le poidsde son corps. Souvent, il avait saigné des poulets,quil surprenait derrière les fermes. Gela fut si rapide,quil y eut seulement dans la nuit un cri étouffé, pen-dant que le fusil tombait avec un bruit de ferraille. Déjà,la lune, très blanche, luisait.

Immobile de stupeur, Étienne regardait toujours.Lappel sétranglait au fond de sa poitrine. En haut, leterri était vide, aucune ombre ne se détachait plus surla fuite effarée des nuages. Et il monta au pas de course,il trouva Jeanlin à quatre pattes, devant le cadavre,étalé en arrière, les bras élargis. Dans la neige, sous laclarté limpide, 1e pantalon rouge et la capote grise tran-chaient durement. Pas une goutte de sang navait coulé,le couteau était encore dans la gorge, jusquau manche.

Dun coup de poing irraisonné, furieux, il abattit len-fant près du corps.

Pourquoi as-tu fait ça? bégayait-il éperdu.

Jeanlin se ramassa, se traîna sur les mains, avecle renflement félin de sa maigre échine; et ses largesoreilles, ses yeux verts, ses mâchoires saillantes, frémis-saient et flambaient, dans la secousse de son mauvais coup.