LES ROUGON-MACniJART.
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fatigue, il tombait par terre, on devait l’envelopper dansune couverture. Puis, chancelant encore, il s’y replon-geait, et la lutte recommençait, les grands coups sourds,les plaintes étouffées, un enragement victorieux de mas-sacre. Le pis était que le charbon devenait dur, il cassadeux fois son outil, exaspéré de ne plus avancer si vite.11 souffrait aussi de la chaleur, une chaleur qui augmen-tait à chaque mètre d’avancement, insupportable au fondde cette trouée mince, où l’air ne pouvait circuler. Unventilateur à bras fonctionnait bien, mais l’aérage s’éta-blissait mal, on retira à trois reprises des haveurs éva-nouis, que l’asphyxie étranglait.
Négrel vivait au fond, avec ses ouvriers. On lui des-cendait ses repas, il dormait parfois deux heures, surune botte de paille, roulé dans un manteau. Ce qui sou-tenait les courages, c’était la supplication des miséra-bles, là-bas, le rappel de plus en plus distinct qu’ilsbattaient pour qu’on se hâtât d'arriver, A présent, ilsonnait très clair, avec une sonorité musicale, commefrappé sur les lames d’un harmonica. On se guidait grâceà lui, on marchait à ce bruit cristallin, ainsi qu’on marcheau canon dans les batailles. Chaque fois qu’un haveurétait relayé, Négrel descendait, tapait, puis collait sonoreille; et, chaque fois, jusqu’à présent, la réponse étaitvenue, rapide et pressante. Aucun doute ne lui restait, onavançait dans la bonne direction; mais quelle lenteurfatale ! Jamais on n’arriverait assez tôt. En deux jours,d’abord, on avait bien abattu treize mètres ; seulement,le troisième jour, on était tombé à cinq; puis, le qua-trième, à trois. La houille se serrait, durcissait à untel point, que, maintenant, on fonçait de deux mètres,avec peine. Le neuvième jour, après des efforts surhu-mains, l’avancement était de trente-deux mètres, et l’oncalculait qu’on en avait devant soi une vingtaine en ■core. Pour les prisonniers, c’était la douzième journée