GERMINAL.
549
pour cette tragique famille des Maheu, dont tout le payscausait. Ils ne plaignaient pas le père, ce brigand, cetueur de soldats qu’il avait fallu abattre comme un loup.Seulement, la mère les touchait, cette pauvre femme quivenait de perdre son fils, après avoir perdu son mari, etdont la fille n’était peut-être plus qu’un cadavre, sous laterre ; sans compter qu’on parlait encore d’un grand-pèreinfirme, d’un enfant boiteux à la suite d’un éboulement,d’une petite fille morte de faim, pendant la grève. Aussi,bien que cette famille eût mérité en partie ses malheurs,par son esprit détestable, avaient-ils résolu d’affirmer lalargeur de leur charité, leur désir d’oubli et de concilia-tion, en lui portant eux-mêmes une aumône. Deux pa-quets, soigneusement enveloppés, se trouvaient sous unebanquette de la voiture.
Une vieille femme indiqua au cocher la maison desMaheu, le numéro 16 du deuxième corps. Mais, quandles Grégoire furent descendus, avec les paquets, ils frap-pèrent vainement, ils finirent par taper à coups de poingdans la porte, sans obtenir davantage de réponse : lamaison résonnait lugubre, ainsi qu’une demeure vidéepar le deuil, glacée et noire, abandonnée depuis long-temps.
— Il n’y a personne, dit Cécile désappointée. Est-ceennuyeux ! qu’est-ce que nous allons faire de tout ça?
Brusquement, la porte d’à côté s’ouvrit, et la Levaqueparut.
— Oh! monsieur et madame, mille pardons! excusez-moi, mademoiselle!,.. C’est la voisine que vous voulez.Elle n’y est pas, elle est à Réquillart...
Dans un flux de paroles, elle leur racontait l’histoire,leur répétait qu’il fallait bien s’entr’aider, quelle gar-dait chez elle Lénore et Henri, pour permettre à la mèred’aller attendre, là-bas. Ses regards étaient tombés surles paquets, elle en arrivait à parler de sa pauvre fille