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Germinal / par Émile Zola
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So8

LES ROOGON-MACQUART.

pieds, filant par ces boyaux minces de la terre, emplisde son grand corps. Les rues se succédaient, les carre-fours ouvraient leur fourche, sans quil hésitât. allait-il?-bas peut-être, à cette vision de sa jeunesse, aumoulin il était, sur le bord de la Scarpe, au sou-venir confus du soleil, brûlant en lair comme une grosselampe. Il voulait vivre, sa mémoire de bête séveillait,lenvie de respirer encore lair des plaines le poussaitdroit devant lui, jusquà ce quil eût découvert le trou,la sortie sous le ciel chaud, dans la lumière. Et unerévolte emportait sa résignation ancienne, cette fosselassassinait', après lavoir aveuglé. Leau qui le pour-suivait, le fouettait aux cuisses, le mordait à la croupe.Mais, à mesure quil senfoncait, les galeries devenaientplus étroites, abaissant le toit, renflant le mur. Il galo-pait quand même, il sécorchait, laissait aux boisages deslambeaux de ses membres. De toutes parts, la mine sem-blait se resserrer sur lui, pour le prendre et létouffer.

Alors, Etienne et Catherine, comme il arrivait prèsdeux, laperçurent qui sétranglait entre les roches. Ilavait buté, il sétait cassé les deux jambes de devant.Dun dernier effort, il se traîna quelques mètres; maisses flancs ne passaient plus, il restait enveloppé, gar-rotté par la terre. Et sa tête saignante sallongea, cher-cha encore une fente, de ses gros yeux troubles. Leaule recouvrait rapidement, il se mit à hennir, du râle pro-longé, atroce, dont les autres chevaux étaient mortsdéjà, dans lécurie. Ce fut une agonie effroyable, cettevieille bête, fracassée, immobilisée, se débattant à cetteprofondeur, loin du jour. Son cri de détresse ne ces-sait pas, le flot noyait sa crinière, quil le poussait plusrauque, de sa bouche tendue et grande ouverte. Il y eutun dernier ronflement, le bruit sourd dun tonneau quisemplit. Puis, un grand silence tomba.

Ah ! mon Dieu ! emmène-moi, sanglotait Catherine.