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Germinal / par Émile Zola
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LES ROÜGON-MACQUART.

aimaient mieux sauter tout de suite, que de durer dans lesténèbres; et rien ne sauta, il ny avait pas de grisou. Ilssétaient allongés de nouveau, les heures se remirent àcouler.

Un bruit émotionna Étienne et Catherine, qui levèrentla tête. Chaval se décidait à manger : il avait coupé lamoitié dune tartine, il mâchait longuement, pour ne pasêtre tenté davaler tout. Eux, que la faim torturait, leregardèrent.

Vrai, tu refuses ? dit-il à la herscheuse, de son airprovoquant. Tu as tort.

Elle avait baissé les yeux, craignant de céder, lestomacdéchiré dune telle crampe, que des larmes gonflaientses paupières. Mais elle comprenait ce quil demandait;déjà, le matin, il lui avait soufflé sur le cou; il était re-pris dune de ses anciennes fureurs de désir, en la voyantprès de lautre. Les regards dont il lappelait avaientune flamme quelle connaissait bien, 1a. flamme de sescrises jalouses, quand il tombait sur elle à coups de poing,en laccusant dabominations avec le logeur de sa mère.Et elle ne voulait pas, elle tremblait, en retournant à lui,de jeter ces deux hommes lun sur lautre, dans cettecave étroite ils agonisaient. Mon Dieu ! est-ce quonne pouvait finir en bonne amitié !

Etienne serait mort dinanition, plutôt que de mendierà Chaval une bouchée de pain. Le silence salourdissait,une éternité encore parut se prolonger, avec la lenteurdes minutes monotones, qui passaient une à une, sans es-poir. Il y avait un jour quils étaient enfermés ensemble.La deuxième lampe pâlissait, ils allumèrent la troisième.

Chaval entama son autre tartine, et il grogna :

Viens donc, bête !

Catherine eut un frisson. Pour la laisser libre, Étiennesétait détourné. Puis, comme elle ne bougeait pas, il luidit à voix basse :