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Germinal / par Émile Zola
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572

LES ROUGON-MÀCQUART.

lorsquelle heurta de la main un corps flottant devantelle.

Dis donc, regarde... Quest-ce que cest?

Étienne tâta dans les ténèbres.

Je ne comprends pas, on dirait la couverture duneporte daérage.

Elle but, mais comme elle puisait une seconde gorgée, lecorps revint battre sa main. Et elle poussa un cri terrible.

Cest lui, mon Dieu!

Qui donc?

Lui, tu sais bien?... Jai senti ses moustaches.

Cétait le cadavre de Chaval, remonté du plan incliné,

poussé jusquà eux par la crue. Étienne allongea le bras,sentit aussi les moustaches, le nez broyé ; et un frissonde répugnance et de peur le secoua. Prise dune nauséeabominable, Catherine avait craché leau qui lui restaità la bouche. Elle croyait quelle venait de boire du sang,que toute cette eau profonde, devant elle, était mainte-nant le sang de cet homme.

Attends, bégaya Étienne, je vais le renvoyer.

Il donna un coup de pied au cadavre, qui séloigna.Mais, bientôt, ils le sentirent de nouveau qui tapait dansleurs jambes.

Nom de Dieu ! va-ten donc !

Et, la troisième fois, Étienne dut le laisser. Quelquecourant le ramenait. Chaval ne voulait pas partir, voulaitêtre avec eux, contre eux. Ce fut un affreux compagnon,qui acheva dempoisonner lair. Pendant toute cette jour-née, ils ne burent pas, luttant, aimant mieux mourir; et,le lendemain seulement, la souffrance les décida : ilsécartaient le corps à chaque gorgée, ils buvaient quandmême. Ce nétait pas la peine de lui càsser la tête, pourquil revînt entre lui et elle, entêté dans sa jalousie. Jus-quau bout, il serait, même mort, pour les empêcherdêtre ensemble.