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Germinal / par Émile Zola
Entstehung
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GERMINAL. 573

Encore un jour, et encore un jour. Étienne, à chaquefrisson de leau, recevait un léger coup de lhomme quilavait tué, le simple coudoiement dun voisin qui rappelaitsa présence. Et, toutes les fois, il tressaillait. Continuelle-ment, il le voyait, gonflé, verdi, avec ses moustachesrouges, dans sa face broyée. Puis, il ne se souvenait plus,il ne lavait pas tué, lautre nageait et allait le mordre.Catherine, maintenant, était secouée de crises de larmes,longues, interminables, après lesquelles un accablementlanéantissait. Elle finit par tomber dans un état desomnolence invincible. Il la réveillait, elle bégayait desmots, elle se rendormait tout de suite, sans même sou-lever les paupières ; et, de crainte quelle ne se noyât, illui avait passé un bras à la taille. Cétait lui, maintenant,qui répondait aux camarades. Les coups de rivelaineapprochaient, il les entendait derrière son dos. Maisses forces diminuaient aussi, il avait perdu tout courageà taper. On les savait, pourquoi se fatiguer encore?Cela ne lintéressait plus, quon pût venir. Dans lhébéte-ment de son attente, il en était, pendant des heures, àoublier ce quil attendait.

Un soulagement les réconforta un peu. Leau baissait,le corps de Chaval séloigna. Depuis neuf jours, ontravaillait à leur délivrance, et ils faisaient, pour la pre-mière fois, quelques pas dans la galerie, lorsquune épou-vantable commotion les jeta sur le sol. Ils se cherchèrent,ils restèrent aux bras lun de lautre, fous, ne compre-nant" pas, croyant que la catastrophe recommençait.Rien ne remuait plus, le bruit des rivelaines avait cessé.

Dans le coin ils se tenaient assis, côte à côte, Cathe-rine eut un léger rire.

Il doit faire bon dehors... Viens, sortons dici.

Étienne, dabord, lutta contre cette démence. Mais unecontagion ébranlait sa tête plus solide, il perditla sensationjuste du réel. Tous leurs sens se faussaient, surtout ceux