GERMINAL.
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bes allongées, au milieu d’une épaisse couche de char-bon. C'était Jeanlin, employé comme « nettoyeur degros ». Il tenait un bloc de houille entre scs cuisses, ille débarrassait, à coups de marteau, des fragments deschiste; et une fine poudre le noyait d’un tel flot desuie, que jamais le jeune homme ne l’aurait reconnu, sil’enfant n’avait levé son museau de singe, aux oreillesécartées, aux petits yeux verdâtres. Il eut un rire de bla-gue, il cassa le bloc d’un dernier coup, disparu dans lapoussière noire qui montait.
Dehors, Etienne suivit un moment la route, absorbé.Toutes sortes d’idées bourdonnaient en lui. Mais il eutune sensation de plein air, de ciel libre, et il respiralargement. Le soleil paraissait à l’horizon glorieux, c’é-tait un réveil d’allégresse, dans la campagne entière. Unflot d’or roulait de l’orient à l’occident, sur la plaineimmense. Cette chaleur de vie gagnait, s’étendait, enun frisson de jeunesse, où vibraient les soupirs dela terre, le chant des oiseaux, tous les murmures deseaux et des bois. Il faisait bon vivre, le vieux mondevoulait vivre un printemps encore.
Et, pénétré de cet espoir, Etienne ralentit sa marche,les yeux perdus à droite et à gauche, dans cette gaietéde la nouvelle saison. II songeait à lui, il se sentaitfort, mûri par sa dure expérience au fond de la mine.Son éducation était finie, il s’en allait armé, en soldatraisonneur de la révolution, ayant déclaré la guerre à3a société, telle qu’il la voyait et telle qu’il la condam-nait. La joie de rejoindre Pluchart, d’être comme Plu-■chart un chef écouté, lui soufflait des discours, dontil arrangeait les phrases. Il méditait d’élargir son pro-gramme, raffinement bourgeois qui l’avait haussé au-dessus de sa classe le jetait à une haine plus grande■de la bourgeoisie. Ces ouvriers dont l’odeur de misèrele gênait maintenant, il éprouvait le besoin de les mettre