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DES LIVRES ET DES MANDSCRITS
degusje ne sais quelle fantasmagorie de fauxTite-Live,de faux Virgile et de faux Homere, masques de theätreempruntes par quelques moines laborieux qui, dansleurs loisirs cenobitiques, ont voulu so moquer del’avenir?
La question est grave. Elle s’ctend bien au-delä ducercle litteraire; eile attaque tous nos interäts decroyance, d’heredite, d’exislence sociale. Elle va beau-coup plus loin que l’on ne peut le pcnser d’abord.Tous les titrcs des maisons regnantes sont-ils sans va-leur; les desceridances des familles, sans certitude; lesetudes admises comme indispensables daus l’Europecivilisee deviendront-elles une moquerie? S’il est vraique des apocryphes aient pu duper le monde si long-temps et usurper une autorite frauduleuse, les preuvesde la religion chretienne sont nullcs; toutes les reli-gions europeennes croulent. A moins d’un criteriumnecessaire pour apprecier la transmission sincere desmanuscrits dans les ages anciens et l’äge des livresdans les temps nouveaux, on ne peut affirmer aucunfait, on renonce ä toule certitude bistorique. Personnene peut jurer que l’Homere dont nous faisons un objetde culte n’ait pas ete quelque rustre de basse Nor-mandie, ne au xn e siede, eleve dans un monastereet devenu abbe par l’eleetion de ses confreres.Un oisif du vu e ou vnie siede a peut-etre ecritYEneide : toute la bibliotheque des classiques seraitune mystification temeraire et heureuse. C’est ce quelejesuile Hardouin, homme d’esprit et d’audace, n’apas craint de soutenir.
Pourquoi en effet l’antiquite n’aurait-elle pas eu sesfaussaires comme les temps modernes? Chattertona bien