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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MÉMOIRES

comme on verra par ce billet, dont ladresse est ,au petit Jiacine , et que je rapporte quoique fortsimple, à cause de sa simplicité môme. M. LeMaître lécrivit de Bourgfontaine, il avoit étéobligé de sc retirer.

Mon fils, je vous prie de menvoyer au plustôt lApologie des saints Pères, qui est à moi, etqui est de la première impression. Elle est reliéeen veau marbré , in-4®. Jai reçu les cinq volumesde nies Conciles , que vous aviez fort bien empa-quetés. Je vous en remercie. Mandez-moi si tousmes livres sont bien arrangés sur des tablettes, etsi mes onze volumes de saint Jean-Chrysostomey sont, et voyez-les de temps en temps pour lesnettoyer. 11 faudroit mettre de leau dans desécuelles de terre , ils sont, afin que les sourisne les rongeuL pas, Faites mes recommandationsà voire bonne tante, et suivez bien scs conseils entout. La jeunesse doit toujours se laisser conduireetlàclierde ne point sémanciper. Peut-être queDieu nous fera revenir vous êtes. Cependant ilfaut tâcher de profiter de cet événement , et faireen sorte quil nous serve à nous détacher dumonde , qui nous paroît si ennemi de la piété-Bonjour, mon cher lils : aimez toujours votrepapa comme il vous aime : écrivcz-moi de tempsen temps. Knvoyoz moi aussi mon Tacite in-folio. *

M. Le Maître ne fut pas long-temps absent : ileut la permission de revenir : mais , en arrivant,il tomba dans la maladie dont il mourut, et aprèssa mort M- Ha mon prit soin des éludes de monpère 5 . Entre les connoissances quil lit à Port-Royal, je ne dois point oublier celle de M. le duc deChcvicuse, qui a conservé toujours pour lui uneamitié très vive et qui, par les soiiis assidus quillui rendit dans sa dernière maladie, a bien vérifiéce que dit Quintilh'ii , i que les amitiés qui com-mencent dans lenfance , et que des éludes com-munes font naître, ne finissent quavec la vie. »

On appliquoil mon père , quoique très jeune , àdes éludes fort sérieuses. Tl traduisit 8 le commen-cement du Banquet de Platon, fit des extraits toutgrecs de quelques traités de saint Basile , et quel-ques remarques sur Pindare et sur Ilomèic. Aumilieu de ces occupations , son génie lentraînoittout entier du côté de la poésie, et son plus grandplaisir étoit de saller enfoncer dans les bois delabbaye avec Sophocle eL Euripide, quil savoitpresque par cœur. Il avoit une mémoire surpre-nante. Il trouva par hasard le roman grec desamours de Théagène et de Chnriclée. Il le dévo-ruil, lorsque le sacristain Claude Lancelot, qui lesurprit dans cette lecture , lui arracha le livre et lejeta au feu 7 . Il trouva moyen den avoir un autreexemplaire qui eut le même sort, ce qui lengageaà en acheter un troisième: etpournVn plus crain-dre la proscription , il lapprit par cœur et le portaau sacristain, en lui disant : « Vous pouvez brûlerencore celui-ci comme les autres. »

Il (Il connoîlrc à Port-Royal sa passion plutôtque son talent pour les vers , par six odes quilcomposa sur les beautés chompêüos «le sa solitude,sur les bâtiments de'ce monastère, sur le paysage,les prairies, les bois, L'étang, etc. 8 . Le hasard ma

fait trouver ces odes, qui nont rien dintéressant,même pour 1rs personnes curieuses de tout ce quiest sorti de lu plume des écrivains devenus fameux :elles font seulement voir quon ne doit pas jugerdu talent dun jeune homme par ses premiersouvrages. Ceux qui lurent alorsces odes m: durentpas soupçonner que l'auteur deviendioit dans peufauteur d'Andromaquc. Je nen rapporterai quequatre strophes, qui ne donneront pas envie devoir les autres. 11 parle de létang et des merveillesquon voit sur ses bords :

Je vois les tilleuls et les chênes,

Ces géants de rent bras armés,

Ainsi que deux-mêmes charmés,

Y mirer leurs tètes hautaines.

Je vois aussi leurs grands rameauxSi bien tracer dedans les eauxLeur mobile peinture,

Quon ne sait si l'onde en tremblantFait trembler leur verdure.

Ou plutôt lair meme et le vent.

lhironilelle voltigeanteRasant les flots clairs et polis,

Y vient avec cent petits crisBaiser sou image naissante.

mille autres petits oiseauxPeignent encore dans les eattx

Leur éclatant plumage.

L'œil ne peut juger au dehors,

Qui vole ou bien qui nage,

De leurs ombres e.t de leurs corps.

Quelles richesses admirablesNont point ces nageurs marquetés,

Les poissons au dos argentés,

Sur leurs écailles agréables!

Ici je les vois sassemblerSe mêler et se démêler

Dans leur couche profonde.

je les vois (dieux , quels attraits ! )

Se promenant dans londe,

Sc promener dans les forêts.

Je les vois en troupes légèresSélancer dans leur lit natal;

Puis tombant, peindre en ce cristalMille couronnes passagères.

Lon dirnil que comme envieuxDe voir nager dedans ces lieuxTant de bandes volantes,

Perçant les remparts entrouvertsDe leurs prisons brillantes,

Ils veulent senfuir dans les airs.

Il èloit à cet âge plus heureux dans la versifica-tion latine que dans la franooise. Il composa quel-ques pièces en vers latins qui sont pleines de feuet dharmonie. Je ne rapporterai pas une élégiesur la mort dun gros chien qui gardoit la courde Pori-Tïoyal, à la fin de laquelle il promet parses vers limmortalité à -ce chien, quil nommeKabolin.

Semper lionor, Rabntine, tutis, laudesque manebunt;

Carminibus vives tempus in orane mois.

On jugera mieux de ses vers latins par la pièce