SUR LA VIE DE
suivante, que je ne donne pas entière, quoiquedans l'ouvrage d’un poëte de quatorze ans toutsoit excusable 3 .
AD cnnrsïDM”.
Sancte Parens, facilem præbc implorantibus aurcm,Atque liumiles placida suscipe mente preres.
Hanc tutarc domum, quæ per discrimina mille,
Mille per insidias vis superesse potest.
Aspice ut infatulis jacet objectata periclis,
Ut timet hostiles irrequieta marins.
Nulla dies terrore caret, finemque timorisInnovât infenso major ab hoste metus-Undique crudelem conspiravere ruinam,
Et miseramla parant vertere tecta solo.
Tu spes sola, Deus, miser;». Tibi vota precesqueFundit in immensis noctc dicque malis.
Aspice Yirgineiim rastis penetralibus agmen;
Aspice devotos, Sponse bénigne, choros.
Hic, sacra ilîæsi servantes jura pudoris,
Te veniente die, te fugiente vocant.
Cœlestem liceat sponsum superare precando;
Fas sentire tui numina magna Patris.
Hue quoque nos quondam tôt tempestatibus actosAbripuit flammis Gratia saucta suis.
Àst eadem insequitur mmstis fortima periclis,
Ast ipso in porta sæva procella furit.
Paceni, snmme Deus, paeem te poscimus omnes :
Succédant longis paxque quiesque malis.
Te duce disruptas pertransiit Israël undas :
Hos habitet portus, te duce, vera salus.
Eu parlant des ouvrages de sa première jeu-nesse , qu’on peut appeler son enfance, je ne doispas oublier sa traduction des hymnes des fériésdu Bréviaire romain. Boileau disoit qu'il l’avoitfaite à Port-Boyal, et que M. de Sacy, qui avoittraduit celles des dimanches et de toutes les fêtespour les heures de Port-Boyal, en fut jaloux, etvoulant le détourner de faire des vers, lui repré-senta que la poésie n’étoil point son talent. Ceque disoit Boileau demande une explication. Leshymnes des fériés imprimées dans le Bréviaireromain, traduit par M. Le Tourneux, ne sontpas certainement l’ouvrage d’un jeune homme ,et celui qui faisoit les odes dont j’ai rapportéquatre strophes n’étoil pas encore capable defaire de pareils vers. Je Jie doute pas cependantqu’il ne soit auteur de la traduction de ces hym-nes ; «nais il faut qu’il les ait traduites dans unâge avancé , ou qu’il les ail depuis retouchées avectant de soin , qu’il en ail fait un nouvel ouvrage.On Ht en effet dans les Hommes illustres de M. Per-rault, que long-temps après les avoir composées,il leur donna la dernière perfection. La traductiondu Bréviaire romain fut condamnée 11 par l’ar-chevêque de Paris , pour des raisons qui D’avoienlaucun rapport à la traduction de ces hymnes:cette condamnation donna lieu dans la suite à unmot que rapportent plusieurs personnes, et queje ne garantis pas. Le roi, dit-on , exhorloit monpère à faire quelques vers de piété, i J’en ai voulufaire, répondit-il, on les a condamnés. 5
Il ne fut que trois ans à Port-Boyal, et ceuxqui savent combien il étoit avancé dans les lettres
JEAN RACINE. S
grecques et latines n’en sont point étonnés, quandils fonL réllexion qu’un génie aussi vif que le sien ,animé par une grande passion pour l’élude, etconduit par d’excellents maîtres, marclioit rapi-dement. Au sortir de Port-Boval il vint à Paris,et fit sa logique au collège d'Harcourt, d’où ilécrivit à un de ses amis :
Lisez cette pièce ignorante,
Où ma plume si peu coulanteNe fait voir que trop clairement,
Pour vous parler sincèrement,
Que je ne suis pas un grand maître.
HélasI comment pourrois-je PétrelJe ne respire qu’arguments,
Ma tète est pleine à tous momentsDe majeures et de mineures, etc.
En îûfio le mariage du roi ouvrit à tous lespoètes une carrière dans laquelle ils signalèrentà l’envi leur zèle et leurs talents. Mon père , trèsinconnu encore, entra comme les autres dans lacarrière, et composa l’ode intitulée la Nymphe deta Seine. II pria M. Yitarl son oncle de la porterà Chapelain, qui présidoit alors sur tout le Par-nasse , et par sa grande réputation poétique , qu’iln’avoit point encore perdue , et par la confiancefpi’avoit en lui M. Colbert pour ce qui regardoitLes lettres. Chapelain découvrit un poète naissantdans cette ode, qu’il loua beaucoup; et parmiquelques fautes qu’il y remarqua, il releva labévue du jeune homme, qui avoit mis des tritonsdans la Seine. L’auteur, honoré des critiques deChapelain , corrigea son ode ; et la nécessité dechanger une stance pour réparer sa bévue le miten très mauvaise humeur contre les tritons,nomme il paroît par une de scs lettres. Chapelainle prit en amitié ,lui offrit ses avis et ses services ,et, nou cnntcnL de les lui offrir, parla de lui etde son ode si avantageusement à M. Colbert,que ce ministre lui envoya cent louis de la paîtdu roi, et peu après le fit mettre sur félat pour unepension de six cents livres, e.n qualité d’hommede lettres. Les honneurs goulicaincnl le» arts.Quel sujet d’émulation pour un jeune homme,très iuconnu au public et à la cour, de recevoirde la part du roi et de son ministre une bourse decent louis! et quelle gloire pour le ministre quisait découvrir les talents qui ne commencent qu’ànaître, et que ne connoît pas encore celui mêmequi les possède!
Il composa en ce même temps un sonnet, qui,quoique fort innocent, lui attira, aussi bien queson ode, de vives réprimandes de Port-Boyal, oùl’on craignoit beaucoup pour lui sa passion déme-surée pour les vers. On eût mieux aimé qu'il sefût appliqué à l’étude de la jurisprudence, pourse rendre capable d’êlre avocat, ou que du moinsil eût voulu consentir à accepter quelqu’un deces emplois qui , sans conduire à la fortune ,procurent une aisance de la vie, capable de con-soler de l'ennui de cette espèce de travail, et dela dépendance , plus ennuyeuse encore que letravail. Il ne vouloit point entendre parler d’ncoupations contraires au génie des Muses ; il n’aimoitque les vers, et craignoit-eu même temps les