STTR LA VIE DE
aux 1 tunes, fl la porta à la cour, où il falluit qu’ilfût quelques protecteurs, puisqu’il dit dans unede .«es lettres :
t La Renommée a été assez heureuse; M. le comtede Saint-Aignan la trouve fort belle : je ne l’aipoint trouvé au lever du roi, mais j'y ai trouvéMolière, à qui le roi a donné assez de louanges.J'en ai été bien aise pour lui, et il a été bien aiseaussi que j'y fusse présent. »
On peut juger par ces paroles que le jeune roiai moi t déjà à voir les poètes à sa cour. Il lit payerà mon père une gratification de six cents livres ,pour lui donner le moyen de continuer son applicationaux belles-lettres , comme il est dit dans l’ordresigné par M. Colbert le 26 août 1664.
La Thébaidétui jouée la môme année, et commeje ne trouve rien qui m’apprenne de quelle ma-nière elle fut reçue, je n’en dirai rien davantage.
Je ne dois parler ici qu’historiquement de ses tra-gédies, et presque tout ce que j’en puis dire d'his-torique se trouve ailleurs 1 G . Je laisse aux auteursde l’Ilistoire du théâtre françois le soin de recueil-lir ces particularités , dont plusieurs sont peu cu-rieuses et toutes fort incertaines, parcequ’il n’ena rien raconté dans sa famille : et je ne suis pasmieux instruit qu’un autre de ce temps de sa vie ,dont il ne pavloit jamais l 7 .
Le jeune Despréaux, qui n’avoit que trois ansplus que lui, étoit connu de l’abbé Le Vasseur ,qui lui porta l'ode de la Renommée, sur laquelle'Despréaux ht des remarques qu'il mit par écrit.
Le poète critiqué trouva les remarques très judi-cieuses, et eut 1111e extrême envie de connoîtreson eriliquc. L’ami commun lui en procura laeonnoissance, et forma les premiers nœuds decette union si constante et si étroite, qu’il calconnue impossible de faire la vie de l'un sansfaire la vie de l’autre. J’ai déjà prévenu que jerapporterois de celle de Boileau les particularitésque scs commentateurs n'apprennent poim, oun’apprennent qu’imparfaileineut , parcequ’ils 11’é-toient pas mieux instruits.
Il n’étoit point né à l'aris, comme on l’a toujoursécrit , mais à Crône, petit village près Yilleneuve-Sainl-Georges : son père y avoit une maison où ilpassoit tout le temps des vacances du Palais, et cefui le premier novembre iGôô que ce onzièmeenfant y vint au monde. Pour le distinguer de sesfrères, on le surnomma Despréaux, à cause d’unpetit pré qui t-toit an bout du jardin. Quelquetemps après une partie du village fut brûlée, etles registres de l’église ayant été consumés danscet incendie, lorsque "Boileau, dans le temps qu’onreohereboit les usurpateurs de la noblesse en vertudelà déclaration du 4 septembre 1696, fui in-justement attaqué , il ne put, faute d’extrait bap-tistaire, prouver sa naissance que parle registrede son père. Il eut à souffrir dans son enfancel’opération de la taille , qui fut mal faite , et dontil lui resta pour toute sa vie une très grande in-commodité. On lui donna pour logement , dansla maison paternelle , une guérite au-dessus dugrenier, et quelque temps après on l’en fit des-cendre, pareequ’on trouva le moyen de Lui con«struire un petit cabinet dans ce grenier, cc qui
JEAN RACINE. 7
lui faisoit dire qu’il avoit commencé sa fortunepar descendre au grenier ; et il ajoutoit dans savieillesse qu’il n’accepteroit pas une nouvelle vie ,s’il falloit la commencer encore par une jeunesseaussi pénible. La simplicité de sa physionomie etde son caractère faisoit dire à son père , en lecomparant à ses autres enfants : « Pour Colin , ccsera un bon garçon qui ne dira mal de personne.!
Après scs premières études, il voulut s’appli-quer à la jurisprudence, il suivit le barreau , etmême plaida une cause dont il se tira fort mal.Comme il étoit près de la commencer, le procu-reur s’approcha de lui pour lui dire : « Touilliezpas de demander que la partie soit interrogée surlaits et articles. Et pourquoi, lui répondit Boileau,la chose n’cst-elle pas déjà faite ? Si tout n’est pasprêt, il ne faut donc pas me faire plaider. 1 Leprocureur fit un éclat de rire, et dit à ses confrères :
1 Voilà un jeune avocat qui ira loin: il a de grandesdispositions. > Il n’eut pas l'ambition d’aller plusloin , il quitta le Palais et alla en Sorbonne ; maisil la quitta bientôt par le même dégoût. Il crut ,comme dit M. de Boze dans son Éloge historique,y trouver encore la chicane sous un autre habit.Prenant le parti de dormir chez un greffier la grassematinée, i! se livra tout entier à son génie , quil’emporioit vers la poésie : cl lorsqu’on lui repré-senta que s’il s’attachoit à la satire il se ferait desennemis qui auroient toujours les yeux sur luiet ne ehereberoient qu’à le décrier : « Eh bien,répondit il, je serai honnête homme, et je ne lescraindrai point. »
11 prit d’abord Juvénal pour son modèle , per-suadé que notre langue étoit plus propre à imiterla force de ce style que l’élégante simplicité dustyle d’Horace. Tl changea bientôt de sentiment.Sa première satire fut celle-ci : üamon , ce grandauteur , etc. Il la fit tout entière dans le goût deJuvénal, et pour en imiter le ton de déclamation,ilia finissoit par la description des embarras deParis. Il s’aperçut que la pièce étoit trop longueet devenoit languissante, il en retrancha cette des-cription , dont il fit une satire à part. Son secondouvrage fut la satire qui est aujourd’hui la sep-tième dans le recueil de ses couvres : Muse , chaiugeons de style , etc. Après celle-ci il en adressaune à Molière , et fit son Discours au roi. Ensuiteil entreprit la satire du festin et celle sur la no-blesse , travaillant à toutes les deux en mêmetemps, et imitant Juvénal dans l’une , et Horacedans l’autre. Ses ennemis débitèrent que dans lasatire sur la noblesse il avoit eu dessein de raillerM.. de Dungeau. H n’en eut jamais la pensée. II i’a-dressoit d’abord à M. de La Rochefoucauld; maistrouvant que ce nom, qui devoil revenir plusieursfois, n’avoit pas de grâce en vers , il prit le partid’adresser l'ouvrage à M. de Hangcau , le seulhomme de la cour, avec M- de La Rochefoucauld,qu'il connût alors.
La satire du festin 1 a eut pour fondement un re-pas qu’on lui donna à Château-Thierry, où il étoitallé se promener avec La Fontaine, qui ne futpas du repas, pendant lequel le lieutenant-généralde la ville lâcha ces phrases : « Pour moi j’aimele beau françois.... Le Corneille est quelquefois