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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUR LA VIE DK JEAN RACINE.

Cette femme nétoit point née actrice. La na-ture ne lui avoit donné que la beauté, la voix etla mémoire : du reste elle avoit si peu desprit,quil faiioit lui faire entendre les vers quelle avoità dire, et lui en donner le ton. Tout le monde saitle talent que mon père avoit pour la déclamation,dont il donna le vrai goût aux comédiens capablesde le prendre. Ceux qui simaginent que la décla-mation quil avoit introduite sur le théâtre ètoitenflée et chantante sont, je crois , dans lerreur.Tls en jugent par la Dutdos, élève de la Cham*meslé , et ne font pas attention que la Charumeslé ,quand elle eut perdu son maître, ne fut plus lamême , et que , venue sur lfige , elle poussoit degrands éclats de voix qui donnèrent un faux goûtaux comédiens. Lorsque Baron, après vingt ansde retraite, eut la foiblesse de remonter sur lethéâtre , il ne jouoit plus avec la même vivacitéqu'autrefois , au rapport de ceux qui Lavoient vudan« sa jeunesse : cétoit le vieux Baron; cependantil répètoit encore tous les mêmes tons que monpère lui avoit appris. Comme il avoit formé Baron,il avoit formé la Chanmieslé , mais avec beaucoupplus de peine. 11 lui faisoît d'abord comprendreles vers quelle avoit à dire, lui montroil les gesteset lui dictoit les tons , que même il notuit. L'éco-lière fidèle à ses leçons, quoique actrice par art,sur le théâtre paroissoit inspirée par la nature , etcomme par cette raison elle jouoil beaucoup mieuxdans les pièces de son maître que dans les autres ,on disoit quelles étoient faites pour elle , et on enconcluoit l'amour de lauteur pour lactrice.

Je ne prétends pas soutenir quil ait toujours étéexempt de foiblesse, quoique je nen oie entenduraconter aucune ; mais ( et ma piété pour lui neme permet pas dêtre infidèle à la vérité ) josesoutenir quil na jamais connu par expérience cestroubles et ces transports quil a si bien dépeints.Ceux qui veulent croire quil ètoit fort amoureuxdoivent croire aussi que les lettres tendres et lespetites pièces galantes nétoient pas pour lui untravail. Les vers lui auroicnt ils coûté ? Cespetitespièces qui passent bientôt de main en main nes anéantissent pas lorsquelles sont faites par unauteur connu. Dans le recueil des pièces fugitivesde Corneille, imprimé en *708, plusieurs petitespièces galantes ont trouvé place, pareequellessont de Corneille, cest-à-dire du poète quon asurnommé te sublime. Pourquoi nen trouve-t-onpas de celui quon a surnommé le tendre, et pour-quoi ses plus anciens amis nont-ils jamais ditquils eu eussent vu une seule ? De tous ceux quilont fréquenté dans le temps quil travailloit pourle théâtre , et que jai connus depuis , aucun nema nommé une personne qui ait eu sur lui lemoindre empire, et je suis certain que, depuisson mariage jusquà sa mort, la tendresse conju-gale a régné seule dans son cœur, quoiquil ait étébien reçu dans «me cour aimable , qui le trouventaimable lui-même et par la conversation cl parlafigure. II n'éloil point de ces poètes qui ont unApollon refrogné ; il avoit au contraire une phy-sionomie belle cL ouverte : ce quil mest permisde dire, puisque Louis X\V la cita un jourcomme une des plus heureuses, en parlant des

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belles physionomies quil voyoîl à sa cour. A cesgrâces extérieures iljoignoit celle de la conversa-tion, dans laquelle, jamais distrait, jamais poêle ,ni auteur, il songeoit moins à faire paraître sonesprit que lesprit des personnes quil enlrelenoit.11 ne parloit jamais de ses ouvrages, et répondaitmodestement à ceux qui lui en parlaient : doux,tendre, insinuant et possédant le langage du cœur,il 11est pas étonnant qu'on se persuade qu'il laitparlé quelquefois. Son caractère ly porloit ; maissuivant la maxime quil fait dire à Burrhus, < onnaime point, si lon ne veut aimer , > il ne levouloit point par raison , avant même que la reli-gion vînt à son secours. 11 vécut dans la sociétédes femmes, comme Boileau , avec une politessetoujours respectueuse , «ms être leur fade adu-lateur : ni lun ni laulre neurent besoin dellespour faire prôner leur mérite et leurs ouvrages.

Une chanson tendre que Boileau a faite ne luifut point inspirée par lamour, quil na jamaisconnu ; il la fit pour montrer quun poète peutchanter une Iris en lair. Dans la dernière éditionde scs œuvres , achevée ù Paris depuis deux mois,on lui attribue trois èpigrammes quil na jamaisfaites, quoiquil 11 e soit pas nécessaire de lui enchercher : il en a assez donué lui-même. Jai étésurtout surpris den trouver une qui a pour titre ,à une demo'selte que lauteur avoit dessein dépouser.Tous ceux qui lont connu un peu familièrementsavent qu'il na jamais songé au mariage, et neuignorent pas la raison. Il avoit, comme son ami,les mœurs fort douces-, mais son caractère n'étoitpas toul-à-fait si liant. Il navoit pas la même ré-pugnance à se prêter aux conversations qui rou-loient sur des matières poétiques; il aimoit aucontraire quon parlât vers, et ne haïssoit pasquon lui parlât des siens. On trouvoit aisémenten lui le poète, et dans mon père on le cher-choit. *

Après Phèdre, il avoit encore formé quelquesprojets de tragédies, dont il nest resté dans sespapiers aucun vestige, si ce nest le plan du pre-mier acte dune Iphigénie en Tauride. Quoique ceplan nait rien de curieux, je le joindrai à seslettres, pour faire connoître de quelle manière ,quand il enlrcprenoil une tragédie , il disposoitchaque acte eu prose. Quand il avoit ainsi fiétoutes les scènes entre elles, il disoit : « Ma tra-gédie est faite , comptant le reste pour rien.

II avoit encore eu le dessein de traiter le sujetd 'Alceste, et M. de Longepiene ma assuré qu'illui en avoit entendu réciter quelques morceaux;cest tout ce que jen sais. Quelques personnesprétendent quil vouloit aussi traiter le sujet dCE*dipe, ce que je ne puis croire, puisquil a ditsouvent qu'il avoit osé jouter contre liuripide, maisquil ne seroit jamais assez hardi pour jouter con-tre Sophocle. Leut-il osé , surtout dans la piècequi est le chef-dœuvre de lantiquité? Il est vraique le sujet dŒdipe . oît lamour ne doit jamaistrouver place sans avilir la grandeur du sujet, etmême sans choquer la vraisemblance , coti venaitau dessein quil avoit de ramener la tragédie desanciens, et de faire voir quelle pouvoit être, parminous, comme chez les Grecs, exempte damour. Il

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