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MEMOIRES
Port-Royal. Pour Justifier une liaison si naturelleavec une maison où il avoit été élevé, et où ilavoit une lanle , il écrivit à madame deMninlcnonla lettre suivante, que je ne rapporte pas entière ,parccqu’elle est un peu longue.
A Marly, le i mars l6çj3.
Madame,
i J’avois pris le parti de vou9 écrire au sujet dela taxe qui a si fort dérangé mes petites affaires.Mais n'étant pas content de ma lettre, j’avois
dressé un mémoire que M. le maréchal de.
s’offrit généreusement de vous remettre entre les
mains. Voilà tout naturellement comme je
me suis conduit dans cette affaire-, mais j’apprendsque j’en ai une autre bien plus terrible sur lesbras.
«Je vous avoue que lorsque je faisois tant chanterdans Esihcr, «Rois, chassez la calomnie,» je nem’attendois pas que je serois moi-meme un jour
attaqué par la calomnie.Ayez la bouté de vous
souvenir, madame, combien de fois vous avez ditque la meilleure qualité que vous trouviez en moi,c’étoit une soumission d’enfant pour tout ce quel’Église croit et ordonne, même dans les pluspetites choses. J’ai fait par votre ordre plus detrois mille vers sur des sujets de piété. J’y ai2 >arlé assurément de l’abondance de mon cœur,et j’y ai mis tous les sentiments donL j’étois le plusrempli. Vous est-il jamais revenu qu’on y aittrouvé un seul endroit qui approchât de 1 er-reur ?.
i Pour la cabale , qui est-ce qui n’en peut pointêtre accusé, si un en accuse un homme aussidévoué au roi que je le suis , un homme qui passesa vie à penser au roi , à s'informer des grandesactions du roi, et à inspirer aux autres les senti-ments d’amour et d’admiration qu’il a pour leroi ? J’ose dire que les grands seigneurs m’ontbien plus recherché que je ne les rcchcrchoismoi-même : mais, dans quelque compagnie queje me sois trouvé, Dieu m’a fait la grâce de nerougir jamais ni du roi ni de l’Evangile. Il y a destémoins encore vivants qui pourroient vous direavec quel zèle on in’a vu souvent combattre depetits chagrins qui naissent quelquefois dans l’es-prit des gens que le roi a le plus comblés de sesgrâces. Hé quoi ! madame, avec quelle consciencepourrai-je déposer à la postérité que ce grandprince n’admettoit point les faux rapports contreles personnes qui lui étoient le plus inconnues ,s’il faut que je fasse moi-même une si triste expé-rience du contraire ? Mais je sais ce qui a pudonner lieu à celte accusation. J’ai une tante quiest supérieure de Port-Royal, et à laquelle jecrois avoir des obligations infinies. C’est elle quim'apprit à connoîlre Dieu dans inon enfance , etc’est elle aussi dont Dieu s’est servi pour me re-tirer de l’égarement et des misères où j’ai été en-gagé pendant quinze années.. Elle m’a de-
mandé dans quelque occasion mes services. Pou-vois-je, sans être le dernier des hommes, lui re-fuser mes petits secours? Mais à qui esl-cc , ma-
dame, que je m’adressai pour la secourir. J’allaitrouver le P. de La Chaise, qui parut très con-tent de uia franchise, et m’assura en in’embras-sant qu’il seroit foute sa vie mon serviteur et monami.
4 Du reste, je puis vous protester devant Dieuque je ne commis ni ne fréquente aucun hommequi soit suspect de la moindre nouveauté. Jepasse ma vie le plus retiré que je puis dans mafamille, et ne suis, pour ainsi dire, dans lemonde , que lorsque je suis à Marly. Je vous as-sure , madame, que l’état où je me trouve est trèsdigne de la compassion que je vous ai toujoursvue pour les malheureux. Je suis privé de l'hon-neur de vous voir. Je n’osc presque plus comptersur votre protection, qui est pourtant la seuleque j’ai taché de mériter. Je cherchois du moinsma consolation dans mon travail : mais jugezquelle amertume doit jeter sur cc travail la penséeque ce môme grand prince, dont je suis conti-nuellement occupé , me regarde peut- être commeun homme plus digne de sa colère que de sesbontés.
» Je suis avec un profond respect, etc. i
Cetle lettre , quoique bien écrite , ne fut pointapprouvée do tou» ses amis. Quelques uns luireprésentèrent qu'il y aunnneoit des frayeursqu’il ne devoit point avoir, et qu'il se justifioitlorsqu’il n’étoit pas même soupçonné. Et de quoisoupçonner en effet un homme qui marche pardes voies si unies ?
Il avoit à la vérité essuyé quelques railleriesfaites innocemment. Comme il éloit bon et em-pressé à rendre service, les paysans des environsde Port-Royal qui l’y voyoient venir, et enten-doient dire qu’il demcuroiL à Versailles, alloienl,à cause du voisinage, l’y chercher pour lui re-commander leurs affaires. Ces bonnes gens leernyoieut un homme très puissant à la cour, etalloienl implorer sa protection , les uns pourquelques procès, les autres pour quelque dimi-nution de tailles. S’ils n’en étoient pas toujourssecourus, ils en étoient toujours bien reçus. Cesfréquentes visites lui attirèrent quelques plaisan-teries : madame de Maintenon en faisoit elle-même ; on le verra par un endroit de ses lettres.Ou y verra aussi ce qu’elle y dit de sa mort toutechrétienne, et combien elle en fut édifiée. Ellele plaisanloit, pareequ’eile conuoKsoil sa droiture,et qu’elle a toujours dit de lui, que dans la reli-gion il éLoil un enfant.
Boileau , par cette même raison , le plaisantoitaussi : ni l’un ni l’autre, comme je l’ai déjà re-marqué , n’étoient pas fins courtisans, et tousdeux en fréquentant la cour pouvoient se direI’ud à l’autre:
Quel séjour étranger et pour vous et pour inoil
Boileau, qui y portoit sa-franchise étonnante,ne retenait rien de cc qu’il pensait. Le roi luidisoit un jour :* Quel est un prédicateur qu’onnomme Le ïourneux ? On dit que tout le mondey c-ourt : est-il si habile ? Sire, reprit Boileau ,