Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

SUR LA VIE DE JEAN RACINE. 43

de plus de vingt-six, soit comme prieure, soitcomme abbesse , elle avoit gouverné le. monastère, elle était entrée à lâge de neuf uns, ayantquitté le monde avant que de le cormoî lie,

Quelques jour» après la mort de mon père ,Boileau , qui depuis long-temps ne paroissoit plusà la cour , y retourna pour recevoir les ordres desa majesté, par rapport à son histoire dont il setroUYoit seul chargé ; et comme il lui parloit delintrépidité chrétienne avec laquelle mon pèreavoit vu la mort sapprocher: « Je le sais, réponditle roi, et jen ai été étonné ; il fa craignoit'beau-coup , et je me souviens quau siège de Gand vousétiez le plus brave des deux, n Lui ayant lait en-suite regarder sa montre , quil tenoil par hasard :' Souvenez-vous, ajouta-t-il, que jai toujours uneheure par semaine à vous donner, quand vousvoudrez venir. » Go fut pourtant La dernière foisque Boileau parut devant un prince qui recevoitsi favorablement les grands poètes 5 il 11c retournajamais à la cour, et lorsque ses amis lexhortoientà sy montrer, du moins de temps en temps ;« Quirai-je y faire, leur disoit il, je ne sais pluslouer ? »

Jai parlé jusquà présent de tous les ouvragesde mon père , excepté, de celui que Boileau, sui-vant le Supplément de Moréri, rogardoil commele plus parfait morceau d'histoire que nous eussionsdans notre langue, et que M. lahbc dOlivet, danslHistoire de lAcadémie françoise, juge lui devoirdonner , parmi ceux de nos auteurs qui ont lemieux écrit en prose , le même rang quil lientparmi nos poètes- Jespère quil auroit ce rang,si les grands morceaux quil avoit composés surlhisloire du roi subsisloient encore: mais pourrevenir à cette histoire particulière, dont il n'ajamais parlé, dans sa famille , voici ce que nous enavons appris par Boileau.

Les religieuses de Port-Royal ayant été obligéesde présenter un mémoire à M. larchevêque dePaiis, au sujet du partage de leurs biens avec lamaison de Port-Royal de Paris , mon père , tou-jours disjiosé à leur rendre service dans leurs af-faires temporelles ( comme je lai dit), fit pourelles ce mémoire ; et quoiqu'il ne conlînt quuneexplication en peu de mois de leur recette et deleur dépensé, lespremières copies de ce mémoire,écrites de sa main, mont fait juger par les raturesdoul elles Sont remplies que ces sortes décrits, il faut éviter tout ornement desprit, en se bor-nant à uu style précis et pur, lui coùloieut plusde peine que dautres. Cest dans ce même stylequil a composé en prose lépitaphe de mademoi-selle de Vertu-s, dont la longue pénitence lavoitpénétré dadmiration. M- larchevêque de Parisayant apparemment goûté le style de ce mémoire,et voyant quelquefois mon pore à la cour, lui ditque, puisquil avoit été élevé à Tort-Royal, per-Bonne ne pouvoit mieux que lui le mettre au faitdune maison dont il enlendoit parler de plusieuiçmanières lies dilférenles, et quil lui demandoit unmémoire historique qui linstruisît de ce qui syétait passé.

Tons ceux qui ont eu quelque liaison avec monpère ont toujours reconnu la même simplicité

dans ses mœurs que dans sa foi, et ont en mêmetemps admiré le zèle avec lequel il se portoit àservir ses amis. Lorsque M. de Cavoie , tombédans une espèce de disgrâce, vint Jui confier cequi avoit indisposé contre lui sa majesté, il luiconseilla de sc justifier par une lettre quil offritde faire lui même , et nous fûmes témoins de la-gitation daus laquelle il passa les deux jours qu'ilemploya à composer celte lettre , dans laquelle ilmît tout lart que son esprit put lui fournir, pourfaire paroîlre innocent un seigneur malheureux.Avec ce même zèle il écrivit liiisfoire de Port-Royal, dans l'espérance (le rendre favorables àces religieuses les sentiments de leur archevêque,et sans intention , selon les apparences, de la ren-dre publique. Il remit celte histoire Ja veille desa mort à un ami. Jai eu plus dune fois la curio-sité den demander des nouvelles aux personnescapables de men donner : leurs réponses m'avoienlfait croire quelle ne subsistait plus, et je croyaisl'ouvrage anéanti, lorsque jappris, en 1742,quon en avoit imprimé la première partie. Jaicherché inutilement de quelles ténèbtes sortaitcette première partie, et par quelles mains elle enavoit été tirée quarante ans après la mort de lau-teur. Les personnes curieuses de savoir sil aachevé cette histoire , cest-à-dire sil la couduite ,comme on le prétend, jusquà la paix de Clé-meni IX , nen trouveront aucun éclaircissementdans la famille 9 * .

Pour finir ces mémoires communs à deuxhommes étroitement unis depuis lâge de dix-seplou dix-huit ans, il me reste à écrire quelquesparticularités de la vie de Boileau. Les onze an-née» quil survécut furent onze années dinfirmitéset de retraite. II les passa tantôt à Paris, tantôt àAuleuii, il ne recevoit plus les visites que duntrès petit nombre damis. Il vouloilbien y recevoirquelquefois la mienne , et samusoit même à joueravec moi aux quilles : il excclloil à ce jeu , et jelai vu souvent abattre toutes les neuf dun seulcoup de boule. « 11 faut avouer, disuit-il à ce sujet,que jai deux grands talents aussi utiles lun quelautre à la société et à un état : lun de bien joueraux quilles , lautre de bien faire des vers. » Labonté quil avoit de se prêter à ma conversationflattait infiniment mon amour-propre , qui futcependant fort humilié dans une de ccs visites,que je lui rendis malgré moi.

Jétois en philosophie, au collège de Beauvais,et javuis fait une pièce de douze vers françois,pour déplorer la destinée dun chien qui avoitservi de victime aux leçons d'anatomie quon nousdounoif. Ma mère, qui avoit souvent entenduparler du danger de la passion des vers, et qui lacraignoit pour moi , après avoir porté cette pièceà Boileau, et lui avoir représenté ce quil.dcvoità la mémoire de son ami, mordonna de lallervoir. Jobéis, jallai chez Jui en tremblant, et j'en-trai comme un criminel. Tl prit un air sévère, etaprès mavoir dit que la pièce quon lui avoit mon-trée étoit trop peu de chose pour lui laite connoî-tre si javois quelque génie : a II faut, ajouta-t-il,que vous soyez bien hardi pour oser faire des versavec le nom que vous portez. Ce nest pas que je