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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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44 MÉM

regarde comme impossible que vous deveniez unjour capable (l'eu faire de bous ; niais je me méfiede tout ce qui est sans exemple : et, depuis quele inonde est monde, on na point vu de grandpoète, fils dun grand poète. Le cadet de Corneillenétoit point tout à-fait sans génie ; H ne sera ja-mais cependant que le très petit Corneille. Prenezbien garde quil ne vous en arrive autant. Pourrez -vous dailleurs vous dispenser de vous attacher àquelque occupation lucrative ? et croyez-vous quecelle des lettres en soit une ? Vous Otes le fils dunhomme qui a été le plus grand poète de son siècle,ci dun siècle le prince et les ministres alloientau-devant du mérite pour le récompenser : vousdevez savoir mieux quun autre à quelle fortuneconduisent les vers. » La sincérité qui a régnédans cet ouvrage ma fait rappeler ce sermon, dontjai fort mal profité.

Lauteur du Botœana néloit pas lié assez parti-culièrement avec lui pour bien faire le recueilquil a voulu faire. 11 avoit donné au public quelques satires dont Boileau navoit pas parlé avecadmiration ; ce qui avoit jeté beaucoup de froi-deur entre eux deux. « Il me vient voir rarement,disoit Boileau, pareeque , quand il est avec moi, ilest toujours embarrassé de son mérite et du mien.»

Le P. Mallebranche sentretenoit avec lui desa dispute avec ilT. Arnauld sur les idées , et pré-tendoit que M. Arnauld ne lavoil jamais entendu.

« Kh ] qui donc , mon père , reprit Boileau , vou-lez-vous qui vous entende ?

Lorsquil avoit donné au public un nouvel ou-vrage, et quon venoit lui dire que les critiquesen parloient fort mal : « Tant mieux, répondoit-i I ;les mauvais ouvrages sont ceux dont on ne parlepas. La manière dont on critique encore aujour-dhui les siens fait assez voir quon en parle tou-jours.

Ce grand poète , qui de son vivant triompha delenvie sur un amas prodigieux d'éditions qui se re-nouveloienl tous les ans,certain du contentementdu public, sest presque vu dans sa postérité. Ilest pourtant le seul de nos poètes qui par sa mortnait pas fait taire lenvie, dont il triomphe encorepar les éditions de ses ouvrages, qui se renouvel-lent sans cesse parmi nous ou dans les pays étran-gers. Jamais poète na été plus imprimé , traduit,commenté et critiqué: et il y a apparence qu'ilvivra toujours . pareeque , comme il réunit le vraide la pensée à la j ustesse de lexpression . ses versrestent aisément dans la mémoire, en sorte queceux même qui no ladmirent pas le savent parcœur.

Lécrivain qui a fait de lui léloge qui se trouvedans le supplément au Nécrologe de Port-lloyal.le loue davoir asservi aux lois de la pudeur laplus scrupuleuse un genre de poésie qui jusquàlui navoit emprunté presque tous ses agrémentsque des charmes dangereux que la licence et lelibertinage offrent auxcœurs corrompus. II est ditencore dans cet éloge que léquité , la droiture etla bonne foi présidèrent à toutes ses actions, eLon en donne pour exemple la restitution des re-venus du bénéfice dont jai parlé au commence-ment de ces mémoires , restitution quil fit sans

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consulter personne. Ne prenant avis que de lacrainte de Dieu, qui fui toujours présenle à soucœur, il se démit du bénéfice entre les mains deM. de Buzanval, qui en étoit le eoJIateur, ne von -lant pas même charger sa conscience du choix deson successeur.

Boursault, dans ses lettres, rapporte sa con-versation sur les bénéfices avec un abbé qui enavoit plusieurs, et qui lui disoit : « Cela est bienbon pour vivre. Je nen doute point, lui réponditBoileau, mais pour mourir, monsieur labbé 1 pourmourir i «

Interrogé dans sa vieillesse sil navoit pointchangé d avis sur le Tasse , il assura que , loin dese repentir de ec quil en avoit dit, il nVn avoitpoint assez dit, et en donna les raisons que rap-porte M. labbé dOlivet dans lHistoire de lAca-démie françoisc.

La réponse dAntoine , son jardinier dAuleuil ,au père Bouhours, fut telle queBrossette la rap-porte dans son commentaire. Antoine nondamnoitle second mot de lépître qui lui étoit adressée ,prétendant quun jardinier nétoil pas un valet,(létoii le seul mot quil trouvoil à critiquer dansles ouvrages de son maître.

Quoique Boileau aimât toujours la maison dAu.teuil, et neût aucun besoin dargent, M. Le Ter-rier lui persuada de la lui vendre, en lassurantqu'il y seroit toujours également Je maître , et luifaisant promettre quil sy conserveroit une cham-bre quil viendroit souvent occuper. Quinze joursaprès la vente , il y retourne , entre dans le jardin ,et ny trouvant plus un berceau sous lequel il avoitcoutume daller rêver, appelle Antoine et lui de-mande ce quest devenu son berceau. Antoine luirépond quil a été détruit par ordre de M. Le Ver-rier. Boileau , après avoir rêvé un moment, re-monte dans son carrosse en disant :« Puisque jene suis plus le maître jci , quest-ce que jy viensfaire? « Il ny revint plus.

On sait que dans scs dernières années il soc-cupa de sa satire sur léquivoque, pour laquelleil eut cette tendresse que les auteurs ont ordinai-rement pour les productions de leur vieillesse. Illa lisait à scs amis, mais il ne voulait plus queleurs applaudissements : ce nétoit plus ce poètequi autrefois demandait des critiques, cl qui di-soit aux autre», * Écoutez tout le monde, assidui consultant:» il redevint même amoureux de plu-sieurs vers quil avoit retranchés de ses ouvragespar le conseil de mon père; il les y lit rentrerlorsquil donna sa dernière édition.

Il la revit avec soin, et dit à un ami qui letrouva attaché à ce travail : * Il est bien honteuxde moccuper encore de rimes, et de toutes cesniaiseries du Parnasse, quand je ne devrois son-ger quau compte que je suis près daller rendreà Dieu. » On a toujours vu en lui le poète et I«chrétien.

_ M. le duc d'Orléans linvita à dîner ; cétoitun jour maigre , et on navoit servi que du grassur la table. On saperçut quil ne touchoit quàson pain. « II faut bien, lui dit le prince, quevous mangiez gras comme les autres, on a oublié le maigre. » Boileau lui répondit : « Vous