SUR LA VIE DE JEAN RACINE.
5i
ccaux historiques que Racine avoit composés ; etc’est un malheur beaucoup plus grand encorepour noire littérature que , borné aux actions deLouis XIV , il n’ait pas fait une histoire généralede la France. Lui seul étoit capable d’égaler lesanciens dans ce genre , cl de donner à la nation unTite-Live, après lui avoir donné un Euripide.Son jugement exquis , son imagination brillante ,son goût délirai, cette élégance, cette grâce,celte harmonie , qu’on remarque dans sa prose ,la profondeur cl l’énergique précision qu'on ad-mire dans les imitations de Tacite dont il enrichitsa tragédie de Erilannicus, pronutloienl un his-torien tel que nous n’en aurons peut-être jamais.Ce qui peut encore augmenter les regrets, c’entque le .Mercure de 1677 non» apprend que c'étoitl’attente générale du public ; et que, lorsqu’il nefut plus possible de douter que llacinc renonçoitau théâtre , on chet choit à se consoler par l’espoirde trouver uii historien en perdant un poète.
Geoffroy.
Sb C’est celui de nos poè'tes qui a été impriméavec le moins de soin. Non seulement la dernièreédition contient une Vie faite par un humilie peuinstruit, et des lettres pitoyables sur ses tragédie-,ruais ou a remis dans le texte des vers que l’auteuravoit changés. L. Racine.
5 g Réflexions sur la poésie , tom. II, page 227.
i ? Veneris columbufus. Réflexions sur la poésie ,
tom. Il, pag. 4C0.
58 Ce mot n’est pas exactement rapporté dansle Bolœana. L. Racine.
59 Lettre à M. l’abbé d’Olivet. Histoire de l’A-cadémie françoise.
6 0 Lettre du 15 janvier 1690.
61 Le style de madame la comtesse de Caylusrend ccs deux morceaux précieux : je les dois àM. le comte de Caylus, son fils, dont le zèle offi-cieux est connu de tout le inonde. L. Racine.
62 Voilà parler en personne éclairée. Les enne-mis de l’auteur ne parlèrent pas de même. Ils di-soient qu’il entendoit mieux à parler d’amour quede Dieu. Ainsi ses premières craintes avoient étébien fondées, puisque Entier, malgré sou succès,fut très critiquée. L. Racine.
ss Elle était mariée depuis deux ans, quoiqu’àpeine dans sa seizième année, lorsqu’elle joua dansE&ther. Gabnier.
6 i Le rôle d’Eslher fut donné à mademoisellede Veillanne , la plus remarquable de toutes parsa figure et ses grâces. Mademoiselle de Glapion,depuis supérieure de la maison de Saint-Cyr, futchargée de celui de Mardochée; mademoiselled’Abancourt, de celui d'Aman ; et mademoisellede Lalie, qui, quelques années après, fit profes-sion à Saint-Cyr, représentoit Àssuérus. Ce der-nier rôle fui ensuite rempli par madame de Cay-lus. Racine avoit distingué mademoiselle de Gla-pion parmi les jeunes d emoisellcs de Sai nt - Cvr ;il écrîvoit à madame de Mainlenon : « J’ai trouvéun Mardochée dont la voix va droit au cœur. » Tldisoit d’elle, en La voyant en scène avec madamede Caylus, qui avoit un très joli visage : k Quelleactrice, si je pouvois metlre ce visage-là sur sesépaules! » Gabnier.
85 Le choix du sujet même oflfroit les allusionsles plus fortes. Au moment où l’on persécutoit lesprotestants, le poète osoit faire entendre les vraiesmaximes de l’Evangile. II prenoit la défense desopprimés en présence du monarque oppresseur;et d.ns un temps où le grand Arnould étoit ac-cusé d’une coupable témérité , pour avoir avancéque le roi pouvoit être trompé, il ne eraignoit pasde dire à ce roi, devant toute sa cour :
On peut des plus grands rois surprendre lajustice.
Lorsque le fatal édit qui révoquoit Celui dç Nantesremplissoit la France de désolation , Racine osoitfaire entendre ce vers à Louis XIV :
Et le roi, trop crédule, a signé cet édit.
Enfin, il peignit Louvois, en sa présence, destraits les plus odieux; et, pour qu’on 11e pût leméconnoîlre, il mit dans la bouche d’Aman lespropres mots échappés au ministre dans le délirede son orgueil. Quel noble et vertueux emploi dela faveur et du talent, que de les consacrer autriomphe de la justice et de la vérité ! — Quoiqu’ilfaille se délier des applications que le publie seplaît à faire, sans que l’auteur en ait quelquefoiseu l’idée, il est diliiciie de croire que Racine n’aitpas eu en vue la jduparl de celles auxquelles E.v-ther a donné lieu. On voit qu’elles ont été bientôtsaisies, et que toutes les personnes qui ont pus’expliquer librement n’ont pas manqué d’en par-ler. Madame de Caylus les a indiquées dans lemorceau que nous avons cité d’elle, et madamedeLaFayeüe ne les met point en doute. «Madamede Mainlenon , dit-elle , étoit flattée de l’imentionet de l’exécution. La comédie représentoit enquelque sorte la cliuic de madame de Monlespat),et l’élévation de madame de Mainlenon. Toute ladifférence fui qu’Esther étoit un peu plus jeune etmoins précieuse, en fait de piété. L’applicationqu’on lui faîsoit du caractère d’Eslher, et celle deVastby à madame de Montespan, fit qu’elle nefut pas fâchée de rendre public un divertissementqui n’aYoit été fait que pour la communauté cipour quelques unes de ses amies particulières. »Enfin ccs allusions, qui n'échappèrent à personne,donnèrent lieu aux quatre couplets suivants*,qui coururent beaucoup alors, et qu’on trouvedans les recueils manuscrits du temps :
Racine , cet homme excellent,
Dans l’antiquité si savant,
Des Grecs imitant les ouvrages,
Nous peint sous des noms empruntésLes plus illustres personnagesQu'Apollon ait jamais chantés.
Sous le nom d’Aman le cruelLouvois est peint au naturel ;
* Ils sont sur l’air des Eochelots, alors fort envogue.