SUR LA VIE DE
pu dire, le jour même de cette première repré- 1sentation, « Ayant vu nous-même plusieurs re-présentations dudit ouvrage, dont nous avons étésatisfait ? > Il faut doue 6’en rapporter à ceux quiplacent cette première représentai ion amo janvier.
76 Kilo parle de la Duclos, de la Desmares, etde Beaubourg. Le vieux Baron fit après lui le rôledu graud-prêlre bien différemment. L. Racine.
77 Quand le célèbre Le Bain vint, à l’âge dedix-huit ans, chez "Voltaire , faire devant lui fessaide ce talent trop tôt perdu pour le théâtre dont ila été la gloire , il voulut d’abord lui réciter lerôle de Gustave, « Non, non , dit le. poëte, jen’aime pas les mauvais vers. » Le jeune hommelui offrit alors de répéter la première scène d'Atha-lie entre Joad et Abner. V oltaire l’écoute , et l’ou-vrage lui faisant oublier l’acteur, il s'écrie avectransport :« Quel style! quelle poésie 1 et toute lapièce est écrite de même! Ab! monsieur, quelhomme que Racine ! «C'est Le Klain qui rapporte,dans des mémoires manuscrits, ce fait, dont il futd’autant plus frappé, que dans ce moment il au-roit bien voulu que Voltaire s’occupât un peu plusde lui, et un peu moins de Racine. La I 1 arpe.
78 Racine, dît un commentateur, étoii mortdepuis deux ans quand le public commença à ou-vrir les yeux sur le mérite d'Athalie. On expliquecette révolution d’opinion par une anecdote sin-gulière , que Voltaire et La Harpe ont adoptée ,mais qui n'est garantie par aucune autorité ; lavoici : Dans une campagne près de Paris, oùéloienl réunies plusieurs personnes de distinction,la compagnie s’amusoit un soir à ces petits jeuxde société où Ton établit des pénitences. Un jeunehomme ayant failli, quelqu’un proposa de lui im-poser pour punition d’aller lire dans un cabinetun acte entier d'Athali». On applaudit à cetteidée , et le coupable fut obligé de se soumettre àune peine qui lui sembJoit fort dure. Au bout dequelque temps , la compagnie fut très surprise dene pas le voir reparoître. Nouvelle matière à plai-santerie : on prétendit qu’il n’avoit pu résister aufroid et à l’ennui de la pièce , et que, pour lemoins , il èloit tombé dans un profond assoupis-sement. On entre dans le cabinet, et on trouve lejeune homme tellement attaché à sa lecture, qu’ilavoit oublié tout le reste. 11 avoit lu la pièce en-tière , et il la reeommençoit. 11 en parla avec tantd’enthousiasme, qu’il persuada à la société d’enentendre elle-même la lecture, et il n’eut pas depeine à faire partager à tous le plaisir et l’admi-ration qu’il avoit éprouvés. Le bruit de celleaventure se répandit, et toutle monde se cuit àlire Alhalie. A cette époque , dans l’hiver de 1702,madame de Maintcnon , qui avoit toujours appré-cié Athalle, conçut le projet de la faire représen-ter une troisième fois devant Louis XIV, par lesseigneurs et les dames de la cour. Peu s’en fallutque les contrariétés qu’elle éprouvoit dans la dis-tribution des rôles n’empêchassent l'exécution.
Elle écrivoit au comte d’Ayen : «Voilà donc Alhalie encore tombée; le malheur poursuit tout ceque je protège et que j’aime. Madame la duchessede Bourgogne in’adit qu’elle ne réussiroilpas: quec’éloit une pièce fort froide ; que Racine s’en éloit
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repenti ; que j’étois la seule qui l’estimoit, et milleautres choses qui m’ont fait pénétrer, pur la con-noissanec que j'ai de cette cour-là, que son person-nage lui déplaît. Elle veut jouer Josabeih , qu’ellene jouera pascoinme la comtesse d’Ayen... Jouons-la, puisque nous y sommes engagés; mais, en vé-rité , il n’est point agréablexle se mêler des plaisirsdes grands.» Elle eut alors trois brillantes représen-tations ; les chœurs furent exécutés par les demoi-selles de la musique du roi. La duchesse de Rour-gogne, connue elle le désiroit, joua Josabeth ; leduc d’Orléans, depuis régent, remplit le rôle,d’Abner -, la présidente Cbailly fut admirable dansAtbalie; le comte d’Espare, second lils de M. lecomte de Guiehe , fit TOas, et le comte de Charn-penon , Zacharie; le comte et la comtesse d’Ayeneurent aussi un rôle. Baron, retiré du théâtre de-puis dix ans, fut chargé de celui de Joad, et n’a-voit jamais joué avec plus de dignité. A. Martin.
79 A condition de payer à madameToriT, veuvede celui dont on lui donnoit la charge , dix millelivres qui lui furent payées le s5 du même mois.
Gvrnieb.
80 Ce régent du collège des jésuites avoit misen question , dans une harangue latine prononcéeen public, si Racine éloit poëte, s’il étoit chrétien :An ehristianus? an poeta ? et s’éloit prononcé pourla négative. Gvrxieb.
8 1 Dans ses Réflexions sur la poésie. Voici l’anec-dote telle qu’elle y est rapportée. Il étoit bien éloi-gné de l’esprit d’impiété; mais, quoique dans sujeunesse il eût été quelque temps de l’Oratoire , ilétoit tombé pour la religion dans la même indo-lence que pour tout le reste. Il eut, longtempsavant sa mort, une grande maladie , pendant la-quelle Boileau et mon père allcreut le voir. Lafemme qui le gardoit leur dit de ne point entrer,pareeque son malade dormoit. « Nous venions, lui» répondirent-ils, pour l’exhorter à songer à sa con-
> science ; il a de grandes fautes à se reprocher. «La garde, qui ne connoissoit ni ceux à qui elleparloit, ni son malade, répondit: « Lui, mes-«sieurs ! il est simple comme un enfant. S’il a fait«des fautes , c’est donc par bêtise plutôt que par«malice. » U lit en effet venir un confesseur qui,l’exhortant à des prières et à des aumônes : «Pour
> des aumônes, dit La Fontaine, je n’en puis faire,«je n’ai rien; mais ou fait une nouvelle édition de» mes Contes, et le libraire m’en doit donner cent«exemplaires. Je vous les donne, vous les ferez«vendre pour les pauvres. « D. Jérôme , célèbreprédicateur, qui m’a raconté ce fait, m’a assuréque le confesseur, presque aussi simple que sonpénitent, étoit venu le consulter pour savoir s’ilpouvoit recevoir cette aumône. Garstrr.
8s Quantum ad gloriam, longissimum ævumperegit, quippe et vera bona quae in virtulibussita sunt, impleverat. »
83 «II s’écria, dit M. de Valinconr, qu’il étoit«un homme mort, descendit dans sa chambre, et«se mit au lit. » Il eut raison de s’effrayer; maisquand on n’a encore ni fièvre , ni aucun mal, onne se met point au lit, on n’y reste pas. Tout ceiendroit de la lettre de M. de Valincour montrequ’il étoit fort distrait quand iil’écrivit. L. Racine.