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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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OEUVRES COMPLÈTES

DE

JEAN RACINE.

LA THERAIDE,

OU LES FRÈRES ENNEMIS.

A MONSEIGNEUR LE DUC DE SAINT-AIGNAN 1 ,

PAIR DE FRANCE.

Je vous présente un ouvrage qui na peut-êtrerien de considérable que l'honneur de vous avoirplu. Mais véritablement uet honneur est quelquechose de si grand pour moi , que quand mapièce ne mauroit produit que cet avantage , jepourvois dire que son succès auroit passé mes es-pérances. Et que pouvois-je espérer de plus glo-rieux que lapprobation dune personne qui saitdonner aux choses un juste prix, cl qui est lui-même l'admiration de tout le monde? Aussi,Monseigneur , si la Thébaïde a reçu quelques ap-plaudissements , cest sans doute quon na pas osédémentir le jugement que vous avez donné en safaveur; et il semble que vous lui ayez communi-qué ce don de plaire qui accompagne toutes vosactions. J'espère quétant dépouillée des orne-ments du théâtre, vous ne laisserez pas dn la re-garder encore favorablement. Si cela est, quelques

ennemis quelle puisse avoir, je nappréhende rienpour elle , puisquelle sera assurée dun protecteurque le nombre des ennemis na pas accoutumédébranler. On sait, Monseigneur, que si vous axezune parfaite connoissance des belles choses, vousnentreprenez pas les grandes avec un couragemoins élevé , et que vous avez réuni en vous cesdeux excellentes qualités qui ont fait séparémenttant de grands hommes. Mais je dois craindre quemes louanges ne vous soient aussi importunes queles vôtres mont été avantageuses ; aussi bien je nevous dirois que des choses qui sont connues detout le monde, et que vous seul voulez ignorer. Ilsuffît que vous me permettiez de vous dire, avecun profond respect, que je suis,

Monseigxkcr ,

Votre très humble et très obéissantserviteur,

Racisb.

PRÉFACE DE LAUTEUR.

Le lecteur me permettra de lui demander unpeu plus dindulgence pour celte pièce que pourles autres qui la suivent : jétnis fort jeune quandje la fis. Quelques vers que javois faits alors tom-bèrent par hasard entre les mains de quelquespersonnes desprit ; elles mcxcitcrent à faire unetragédie, et me proposèrent le sujet de laThébaïoe.

Ce sujet avoit été autrefois traité par Rotrou ,sous le nom dÀNTiGOîf e ; mais il faisoi t mourir lesdeux frères dès le commencement de son troisièmeacte. Le reste éloit en quelque sorte le commence-ment dune autre tragédie, lon entroit dansdes intérêts tout nouveaux; et il avoit réuni enune seule pièce deux actions différentes, dont lune