ACTE II,
Le ciel punit sur tous et sur foire famille,
Et les crimes du père , cl l’amour de la fille ;
Et ce funeste amour tous nuit encore plusQue les crimes d’OEdipc et le sang de Laïus.
UKMO.V.
Quoi ! mon amour, madame ? Et qu’a-t-il defuneste ?
Est-ce uu crime qu’aimer une beauté céleste ?
Et, puisque sans colère il est reçu de tous ,
En quoi peut-il «lu ciel mériter le courroux ?
Yous seule en mes soupirs clés intéressée ,
L’est à tous à juger s’ils vous ont offensée :
Tels que seront pour eux vos arrêts tout-puissants 58 .Us seront criminels , ou seront innocents 57 .
Que le ciel à son gré de ma perLe dispose 5 8 ,
3’en chérirai toujours et l’une et l’autre cause ,Glorieux de mourir pour le sang de mes rois,
Et plus heureux encor de mourir sous vos lois s 9.Aussi bien que ferois-je en oc commun naufrage ?Pourrois-je me résoudre à vivre davantage ?
En vain les dieux voudraient différer mon trépas,Mon désespoir feroit ce qu’ils 11 e feraient pas.Maisj>eut-êlre, après tout, notre frayeur est yaine :Attendons... Mais voici Polynice et la reine.
SCÈNE III.
JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, HÉMON.
POT.YNICE.
Madame, au nom des dieux, cessez de m’arrêter :
Je vois bien que la paix ne peut s’exécuter 4o .J’espérois que du ciel la justice infinieVoudrait se déclarer contre la tyrannie ,
Et que , Lassé de voir répandre tant de sang 4 1 ,
Il rendrait à chacun son légitime rang :
Mais puisqu’ouvertenicnt il fient pour l’injustice ,
Et que des criminels il se rend le complice ,
Dois-je encore espérer qu’un peuple révolté,
Quand te ciel est injuste, écoule l’équité ?
Dois-je prendre pour juge une troupe insolente,D'un lier usurpateur ministre violente 42 ,
Qui sert mon ennemi par uu fâche intérêt,
Et qu'il anime encor , tout éloigné qu’il est?
La raison n’agit point sur une populace.
De ce peuple déjà j’ai ressenti l’audace :
Kl, loin de me reprendre apres m’avoir chassé ,
U croit voir un tyran dans un prince offensé.Comme sur lui ('honneur n’eut jamais de puissance,
Il croit que tout le monde aspire à la vengeance :De ses inimitiés rien n’arrête le cours;
Quand il hait une fois, il veut haïr toujours.
JOGASTE.
Mais s’il est vrai, mon fils, que ce peuple vous craigne,Et que tous les Thébains redoutent votre règne ,Pourquoi par tant de sang cherchez-vous à régnerSur ce peuple endurci que rien ne peut gagner ?polyntce.
Est-ce au peuple, madame, à se choisir un maître ?Sitôt qn’il hait un roi, doit-on cesser de l’être 45 ?
Sa haine, ou son amour, sont-ce les premiers droitsQui font monter au trône ou descendre les rois 44 ?Que le peuple à sou gré nous craigne ou nouschérisse,
Le sang nous met au trône, et non pas son caprice:
SCENE II —III. 61
Ce que le sang lui donne , il le doit accepter ;
Et s’il n’aiiuc son prince , il le doit rrspecler.
JOCASTE.
Vous serez un tyran haï de vos provinces.
POLYNICE.
Ce nom ne convient pas aux légitimes princes ;
De ce titre odieux mes droits me sont garants 4 5 :La haine des sujets ne fait pas les tyrans.
Appelez de ce nom Étéocle lui-même.
JOCASTE.
Il est aimé de tous 46 .
POLYNICE.
C’est un tyran qu’on aime ,Oui par cent lâchetés tâche à se maintenirAu rang où par la force il a su parvenir ;
Et son orgueil le rend, par un effet contraire ,Esclave de son peuple et tyran de sou frère.
Pour commander tout seul il veut bien obéir ,
Et se fait mépriser pour me faire haïr.
Ce n’est pas sans sujet qu’on me préfère un traître :Le peuple aime un esclave, et craint d’avoir unmaître.
Mais je croirais trahir la majesté des rois ,
Si je faisois le peuple arbitre de mes droits.
JOCASTE.
Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes?Vous lassez-vous déjà d’avoir posé les armes ?
Ne cesserons-nous point, après tant de malheurs.Vous, de verser du sang, moi, de verser «les pleurs ?N’accorderez-vous rien aux larmes d’une inère ?Ma fille, s'il se peut, retenez votre frère :
Le cruel pour vous seule avoit de l’amitié.
ANTIGONE.
Ah ! si pour vous son âme est sourde à la pitié,Que pourrois-je espérer d’une amitié passée,Qu’un long éloignement n’a que trop effacée ?
À peine en sa mémoire ai-je encor quelque rang 4Il n’aime , il ne se plaît qu’à répandre du sang.
Ne cherchez plus en lui ce prince magnanime ,
Ce prince qui montrait tant d’horreur pour lecrime,
Dont l’âme généreuse avoit tant de douceur,
Qui respectait sa mère et ehérissoit sa sœur :
La nature pour lui n’est plus qu’une chimère;
Il méconnoît sa sœur , il méprise sa mère ;
Et l’ingrat, en l’claL où son orgueil l’a mis ,
Nous croit des étrangers, ou bien des ennemis 48 .
POLYNICE.
N’imputez point ce crime à mon âme affligée :Dites plutôt, ma sœur, que vous êtes changée ;Dites que de mon rang l’injuste usurpateurM’a su raiir CDCor l'amitié de nia sœur ' 9.
Je vous connoistoujours, et suis toujours le même.
ANTICONE.
Est-ce m'aimer, cruel, autant que je vous aime ,Que d’être inexorable à mes tristes soupirs,
Et m’exposer encore à tant de déplaisirs ?
POLYNICE.
Mais vous-même, ma sœur, est-ce aimer votre frèreQue de lui faire ainsi celte injuste prière 5Et me vouloir ravir le sceptre de la main ?
Dieux! qu’est-ce qu’Eicoele a de plus inhumain ?C’est trop favoriser un tyran qui m’outrage»
ANTIGONE.
Non, non , vos intérêts me louchent davantage ;