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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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6 a

LES FRÈRES ENNEMIS.

Ne croyez pas mes pleurs perfides à ce point;Avec vos ennemis ils ne conspirent point.

Cette paix que je veux me seroit un supplice ,

Sil en devoit coûter le sceptre à Polynice ;

Et lunique faveur, mon frère, je prétends,Cest quil me soit permis de vous voir plus long-temps.

Seulement quelques jours souffrez que lon vousvoie,

Et donnez-nous le temps de chercher quelque voie(lui puisse vous remettre au rang de vos aïeux,Sans que vous répandiez un sang si précieux-Pouvez-vous refuser cette grâce légèreAux larmes dune sœur, aux soupirs duue mère ?

JOCASTE.

Mais quelle crainte encor vous peut inquiéter ?Pourquoi si promptement voulez-vous nousquitter ?

Quoi I ce jour tout entier ncst-il pas de la trêve 1Dès quelle a commencé faut-il quelle sachève?Vous voyez quEtéocIe a mis 1rs ai mes bas :

Il veut que je vous voie, et vous ne voulez pas

ANTIGONE.

Oui, mon frère, il nest pas comme vous in-flexible ;

Aux larmes de sa mère il a paru sensible ;

Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourdhui :Vous lappelez cruel, vous lêtes plus que lui.

HEMON.

Seigneur, rien ne vous presse ; et vous pouvez sanspeine

Laisser agir encor la princesse et la reine :Accordez tout ce jour à leur pressant désir;Voyons si leur dessein ne pourra réussir.

Ne donnez pas la joie au prince votre frèreDe dire que, sans vous, la paix se pouvoit faire.Vous aurez satisfait une mère, une sœur,

Et vous aurez surtout satisfait votre honneur.Mais que veut ce soldat? son âme est tout émues 3 ,

SCÈNE IV.

JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, HÉMON,UN SOLDAT.

cîî soldat , à Polynice.

Seigneur, on est aux mains, cl la trêve estrompue :

Crèon et les Thèbains , pâr ordre de leur roi,Attaquent votre armée , et violent leur foi.

Le brave Hippomédon sefforce, en voLre absence,De soutenir leur choc de toute sa puissance.

Par son ordre, seigneur, je vous viens avertir.TOLYMCF.

Ah, les traîtres! Allons, llétnon, il faut sortir.

( à la reine. )

Madame , vous voyez comme il tient sa parole.Mais il veut le combat, H mattaque ; et jy vole.JOCASTE.

Polynice! mon fils!... Mais il ne mentend plus;Aussi bien que mes pleurs, mes cris sont superflus.Chère Antigone, allez, courez à ce barbare ;

Du moins allez prier Hémon quil les sépare.

La force mabandonne, et je ny puis courir;Tout ce que je puis faire , hélas ! cest de mourir.

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

JOCASTE, OLYMPE.

JOCASTE.

Olympe , va-ten voir ce funeste spectacle BVa voir si leur fureur na point trouvé d'obstacle,Si rien na pu toucher lun ou lautre parti.

On dit quà ce dessein Ménécée est sorti.

OLYMPE.

Je ne sais quel dessein animoit son courage;

Une héroïque ardeur brilJoil sur son visage.

Mais vous devez , madame , espérer jusquau bout.

JOCASTE.

Va tout voir, ebére Olympe, cime viens dire tout ;Eclaircis promptement ma triste inquiétude.

ORTMPE.

Mais vous dois-je laisser en celte solitude ?

JOCASTE.

Va : je veux être seule en létat je suis;

Si toutefois ofi peut lêtre avec tant demmUî

SCÈNE II.

JOCASTE.

Dureront-ils toujours ces ennuis si funestes?N'épuiseront-ils point les vengeances célestes?

Me feront-ils souffrir tant de cruels trépas 6Sans jamais au tombeau précipiter mes pas?

O ciel, que tes rigueurs seroient peu redoutables ,Si la foudre dabord accabloit les coupables!

Et que tes châtiments paroissent infinis,Quantbtu laisses la vie à ceux que tu punis!

Tu ne lignores pas, depuis le jour infâme de mon propre fils je me trouvai la femme 6 5 ,Un moindre des tourments que mon cœur a souffertsEgale tous les maux que lon souffre aux enfers.

Et toutefois, ô dieux, un crime involontaireDevoit-il aLtirer toute votre colère?

Le connoissois-je, hélas! ce fils infortuné?Vous-mêmes dans mes bras vous lavez amené.Cest vous dont Ja rigueur mouvrit ce précipice.Voilà de ces grands dieux la suprême justice!Jusqu es au bord du crime ils conduisent nos pas 5 6Ils nous le font commettre , et ne lexcusent pas.Prennent-ils donc plaisir à faire des coupables,Afin den faire, après , dillustres misérables?

Et ne peuvent-ils point, quand ils sont en courroux,Chercher des criminel» à qui le crime est doux ?

SCÈNE III.

JOCASTE, ANTIGONE.

JOCASTE.

lié bien! en est-ce fait? lun ou lautre perfideVient-il dexécuter son noble parricide 57?

Parlez, parlez, ma fille.

ANTIGONE.

Ah madame! en effetLoracle est accompli, le ciel est satisfait.