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LES FRÈRES ENNEMIS.
Ne croyez pas mes pleurs perfides à ce point;Avec vos ennemis ils ne conspirent point.
Cette paix que je veux me seroit un supplice ,
S’il en devoit coûter le sceptre à Polynice ;
Et l’unique faveur, mon frère, où je prétends,C’est qu’il me soit permis de vous voir plus long-temps.
Seulement quelques jours souffrez que l’on vousvoie,
Et donnez-nous le temps de chercher quelque voie(lui puisse vous remettre au rang de vos aïeux,Sans que vous répandiez un sang si précieux-Pouvez-vous refuser cette grâce légèreAux larmes d’une sœur, aux soupirs d’uue mère ?
JOCASTE.
Mais quelle crainte encor vous peut inquiéter ?Pourquoi si promptement voulez-vous nousquitter ?
Quoi I ce jour tout entier n’cst-il pas de la trêve 1Dès qu’elle a commencé faut-il qu’elle s’achève?Vous voyez qu’EtéocIe a mis 1rs ai mes bas :
Il veut que je vous voie, et vous ne voulez pas
ANTIGONE.
Oui, mon frère, il n’est pas comme vous in-flexible ;
Aux larmes de sa mère il a paru sensible ;
Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourd’hui :Vous l’appelez cruel, vous l’êtes plus que lui.
HEMON.
Seigneur, rien ne vous presse ; et vous pouvez sanspeine
Laisser agir encor la princesse et la reine :Accordez tout ce jour à leur pressant désir;Voyons si leur dessein ne pourra réussir.
Ne donnez pas la joie au prince votre frèreDe dire que, sans vous, la paix se pouvoit faire.Vous aurez satisfait une mère, une sœur,
Et vous aurez surtout satisfait votre honneur.Mais que veut ce soldat? son âme est tout émues 3 ,
SCÈNE IV.
JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, HÉMON,UN SOLDAT.
cîî soldat , à Polynice.
Seigneur, on est aux mains, cl la trêve estrompue :
Crèon et les Thèbains , pâr ordre de leur roi,Attaquent votre armée , et violent leur foi.
Le brave Hippomédon s’efforce, en voLre absence,De soutenir leur choc de toute sa puissance.
Par son ordre, seigneur, je vous viens avertir.TOLYMCF.
Ah, les traîtres! Allons, llétnon, il faut sortir.
( à la reine. )
Madame , vous voyez comme il tient sa parole.Mais il veut le combat, H m’attaque ; et j’y vole.JOCASTE.
Polynice! mon fils!... Mais il ne m’entend plus;Aussi bien que mes pleurs, mes cris sont superflus.Chère Antigone, allez, courez à ce barbare ;
Du moins allez prier Hémon qu’il les sépare.
La force m’abandonne, et je n’y puis courir;Tout ce que je puis faire , hélas ! c’est de mourir.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE I.
JOCASTE, OLYMPE.
JOCASTE.
Olympe , va-t’en voir ce funeste spectacle BVa voir si leur fureur n’a point trouvé d'obstacle,Si rien n’a pu toucher l’un ou l’autre parti.
On dit qu’à ce dessein Ménécée est sorti.
OLYMPE.
Je ne sais quel dessein animoit son courage;
Une héroïque ardeur brilJoil sur son visage.
Mais vous devez , madame , espérer jusqu’au bout.
JOCASTE.
Va tout voir, ebére Olympe, cime viens dire tout ;Eclaircis promptement ma triste inquiétude.
ORTMPE.
Mais vous dois-je laisser en celte solitude ?
JOCASTE.
Va : je veux être seule en l’état où je suis;
Si toutefois ofi peut l’être avec tant d’emmUî
SCÈNE II.
JOCASTE.
Dureront-ils toujours ces ennuis si funestes?N'épuiseront-ils point les vengeances célestes?
Me feront-ils souffrir tant de cruels trépas 6Sans jamais au tombeau précipiter mes pas?
O ciel, que tes rigueurs seroient peu redoutables ,Si la foudre d’abord accabloit les coupables!
Et que tes châtiments paroissent infinis,Quantbtu laisses la vie à ceux que tu punis!
Tu ne l’ignores pas, depuis le jour infâmeOù de mon propre fils je me trouvai la femme 6 5 ,Un moindre des tourments que mon cœur a souffertsEgale tous les maux que l’on souffre aux enfers.
Et toutefois, ô dieux, un crime involontaireDevoit-il aLtirer toute votre colère?
Le connoissois-je, hélas! ce fils infortuné?Vous-mêmes dans mes bras vous l’avez amené.C’est vous dont Ja rigueur m’ouvrit ce précipice.Voilà de ces grands dieux la suprême justice!Jusqu es au bord du crime ils conduisent nos pas 5 6Ils nous le font commettre , et ne l’excusent pas.Prennent-ils donc plaisir à faire des coupables,Afin d’en faire, après , d’illustres misérables?
Et ne peuvent-ils point, quand ils sont en courroux,Chercher des criminel» à qui le crime est doux ?
SCÈNE III.
JOCASTE, ANTIGONE.
JOCASTE.
lié bien! en est-ce fait? l’un ou l’autre perfideVient-il d’exécuter son noble parricide 57?
Parlez, parlez, ma fille.
ANTIGONE.
Ah madame! en effetL’oracle est accompli, le ciel est satisfait.