Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

G8

LES FRERES ENNEMIS.

Que le peuple à moi seul soit forcé dobéir,

Et quii me soit permis «le nien faire haïr 8 8 .

Enfin , de ma grandeur je veux être larbitre ,

Nélre point roi, madame , ou Jêtre à juslc litre ;

Que le sang me couronne ; ou , sil ne suffit p»» ,

Je veux à son secours nappeler que mon bras.

JOCASTE.

Failcs plus , tenez tou l do votre grand courage ;

Que votre bras toul seul fasse voire partage ;

Et, dédaignant les pas des autres souverains,

Soyez, mon fils , soyez louvrage de vos mains.

Par dillustres exploits couronnez-vous vous-même;Quun superbe laurier suit votre diadème ;

Régnez et triomphez , et joignez ù la foisLa gloire des héros à la pourpre des rois.

Quoi J votre ambition seroit-elle bornéeA régner tour à tour lespace dune année?

Cherchez à ce grand coeur, que rien ne peut dompler.Quelque tronc vous seul ayez droit de monter.Mille sceptres nouveaux soffrenl à votre épée,

Sans que dun sang si cher nous la voyions trempée.

Vus triomphes pour moi nauront rien que de doux,

Et votre frère même ira vaincre avec vous.

POLYNICK.

Vous voulez que mon cœur, flatte de ces chimères,Laisse un usurpateur au trône de mes pères ?

JOCASTE.

Si vous lui souhaitez en ellèl tant de mal,

Élevez-lo vous-même à ce trône fatal.

(Je trône fut toujours un dangereux abîme ;

La foudre lenvironne aussi bien que le crime :

Votre père et les rois qui vous ont devancés,

Sitôt quils y montoienl, sen sont vus renversés.EOLVRJCI.

Quand je devrois an ciel rencontrer le tonnerre ,

Jy monterois plutôt que de ramper à terre.

Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux 8 3.Veut s'élever , madame , et tomber avec eux.

ËTÉOCr.F..

Je saurai t'épargner une chute si vaine.

poi.yxxce.

Ah! ta chute, croîs-moi , précédera la npenne.

JOCASTJi.

Mon fils , son règne plaît.

lOLYKICE.

Mais il mest odieux.JOCASTE.

Il a pour lui le peuple.

yor.YNrcE.

Et j'ai pour moi les dieux.

ÉTÉOCI.E.

lies dieux de ce ha^U rang te vouloîent interdire 9°,Puisquils mont élevé le premier à lempire :

Us ne savoient que trop , lorsquils firent ce choix.Quon veut régner toujours quand on règne une fois.Jamais dessus le trône on ne vit plus dun maître ;

II n'en peut tenir deux, quelque grand quil puisseêtre :

Lun des deux tut ou tard se verroit renversé ;

Et duu autre soi-même on y seroit pressé.

Jugez donc. par lhorreur que ce méchant me donne ,Si je puis avec lui partager la couronne.

VOLÏNICE

El moi je ne veux plus , tant lu mes odieux,Partager avec toi la lumière des deux.

JOCASTE.

Allez donc , j'y consens, allez perdre la vie ;

A ce cruel combat tous deux je vous convie ;Puisque tous mes efforts ne sauraient vous changer,Que tardez-vous ? allez tous perdre et me venger.Surpassez , sil se peut , les crimes de vos pères :Montrez, en vous tuant, comme vous êtes frères^ 1 ;Le plus grand des forfaits vous a donné le jour ,

II faut quun crime égal vous larrache à son tour.Je ne condamne plus la fureur qui vous presse;Je nai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse :\ otre exemple mapprend à ne le plus chérir :

Et moi je vais, cruels, vous apprendre à mourir 9 2 .

SCÈNE IV 95 .

ANTIGONE, ÉTÉOCLE, POLYNICE, IIEMON,CRÉON.

ANTIGONE.

Madame... Oh ciel! que vois-je.' Hélas 1 rien neles touche !

nÉMox.

"Rien ne peut ébranler leur constance farouche.antigonb.

Princes...

VCfcUCVE.

Pour ce combat choisissons quelque lieu.por.vxiCK.

Courons. Adieu , ma sœur.

ÉTÉOCLE.

Adieu, princesse, adieu.

ANTIGONE.

Mes frères , arrêtez! Gardes . quon les retienne;Joignez, unissez Ioustos douleurs à la mienne^*.Cest leur être cruels que do les respecter.

IIKMUN.

Madame , il nest plus rien qui les puisse arrêter.ANTIGONE.

Ah! généreux Ilémon, c'estvous seul que jimplore:Si la vertu vous plaît, si vous maimez encore ,

Et quon puisse arrêter leurs parricides mains ,Hélas! pour me sauver , sauvez ces inhumains.

ACTE CINQUIEME.

SCÈNE I.

ANTIGONE.

A quoi te résous-tu , princesse infortunée 9 5 ?

Ta mère vient de mourir dans tes liras;

Ne saurois tu suivre ses pas,

Kl finir, en mourant, ta triste destinée ?

A de nouveaux malheurs te veux-lu réserver ?

Tes frères sont aux mains; rien ne les peut sauverDe leurs cruelles armes.

Leur exemple lanime ù te percer le flanc ;

Et toi seule verses des larmes,

Tous les autres versent du sang 9 ®,