ACTE Y, SCÈNE I — lit. 69
Quelle est de mes malheurs ('extrémité mortelle J
Et ce qui fui donnoit tant de part dans mes vœux,
Où ma douleur doit-elle recourir?
11 étoit vertueux, Olympe , et malheureux.
Dois-je vivre ? dois-je mourir ?
Mais, bêlas! ce n’esl plus ce cœur si magnanime,
Un amant me retient, une mère m'appelle ;
Et c est un criminel qu’a couronné son crime :
Dans la nuit du tombeau je la vois qui m’attend :
Son frère plus que lui commence à me toucher ;
Ce que veut la raison , l'amour me le défend,
Devenant malheureux, il m'est devenu cher.
Et m’en ôte l’envie.
olympe.
Que je vois de sujets d’abandonner Le jour !
Créon vient.
Mais, hélas! qu’on tient à la vie,
ANTIGONE.
Quand on tient si fort à l'amour!
Il est triste ; et j’en oonnois la cause :
Au courroux du vainqueur la mort du roi l’expose.
Je reconnois la voix de mon vainqueur :
L'espérance est morte en mon coeur ,
C’est de tous nos malheurs 1 auteur pernicieux.
Et cependant tu vis, et tu veux que je vive ;
Tu dis que mon amant me suivroitau tombeau,
SCÈNE III.
Que je dois de mes jours conserver le flambeau
ANTIGONE, CRÉON,OLYMPE, ATTALE,
Pour sihiver ce que j'aime.
Ilémon , vois le pouvoir que l’amour a sur moi :
GARDES.
Je ne vivruis pas pour moi-méine ,
CRÉON.
Et je veux bien vivre pour toi.
Madame, qu’ai-jc appris en entrant dans ces lieux ?
Si jamais tu doutas de ma flamme fidèle...
Est-il vrai qui; la reine...
Mais voici du combat la funeste nouvelle.
Oui, Créon, elle est morte.
CREON.
SCÈNE II.
01j dieux! puis-je savoir de quelle étrange sorte
Ses jours infortunés ont éteint leur flambeau 101 ?
ANTIGONE, OLYMFE.
olympe .
ANTIGONE.
EUe-mcme , seigneur , s’est ouvert le tombeau ;
Hé bien, ma chère Olvnipe , as-tu vu ce forfait ?
Et s’étant d’un poignard en un moment saisie,
OLYMPE.
Elle en a terminé ses malheurs et sa vie.
J’y suis courue en vain , c’en étoit déjà fait 9 z.
ANTIGONE.
Du haut de nos remparts j'ai vu descendre en larmes
Elle a su prévenir la perte de son fils.
Le peuple qui connût et qui crioit aux armes ;
CRÉON.
Et pour vous dire enfin d’où venoil sa terreur,
Ah, madame ! il est vrai que les dieux ennemis...
Le roi n’est plus, madame, et son frère est vainqueur.
ANTIGONE.
On parle aussi d’Iïémon : l’on dit que son courage
N’imputez qu’à voussenl la mort du roi mon frère,
S’cst efforcé loug-tenips de suspendre leur rage ,
Et n’en accusez point la céleste colère.
Mais que tous ses efforts ont été superflus.
A ce combat fatal vous seul l’avez conduit :
C’est ce que j’ai compris de mille bruits confus 3 8.
Il a cru vos conseils ; sa mort en est le fruit.
ANTIGONE.
Ainsi de leurs flatteurs les rois sont les victimes;
Ah ! je n’en doute pas , Hémon est magnanime ;
Y ous avancez leur perte en approuvant leurs crimes •
Son grand cœur eut toujours trop d’horreur pour le
De la chute des rois vous êtes les auteurs ;
crime :
Mais les rois en tombant entraînent leurs flatteurs 1 ofl .
Je Parois conjure d’empêcher ce forfait;
Vous le voyez, Créon ; sa disgrâce mortelle
Et s’il l’avoit pu faire , Olympe , il l’auroil fait.
Vous est funeste autant qu’elle nous est cruelle :
Mais, hélas! leur fureur ne pou voit se contraindre;
Le ciel, en le perdant, s’en est vengé sur vous ;
Dans des rxiisgeaux de sang elle vonloit s’éteindre.
Et vous avez peut-être à pleurer comme nous.
Princes dénatures , vous voilà satisfaits ;
CRÉON.
La mort seule entre vous pouYoit mettre la paix.
Madame, je l’avoue; et les destins contraires
Le trône pour vous deux avoit trop peu de place ;
Me font pleurer deux fils, si vous pleurez deux frères.
Il falloit entre vous mettre un plus grand espace ,
ANTIGONE.
Et que Je ciel vous mît, pour finir vos discords,
Mes frères et vos fils ! dieux! que veut ce discours 1 0 s ?
L’un parmi les vhanls, l’autre parmi les morts.
Quelque autre qu’Étéorlc a-t-il fini ses jours?
Infortunés 1 ous deux, dignes qu’on vous déplore 9 s !
cbéov.
Moins malheureux pourtant que je ne suis encore,
Mais ne savez-vous pas cette sanglante histoire ?
Puisque de tous les maux qui sont tombés sur vous
ANTIGONE.
Voua n’en sentez aucun, et que je les sens tous*»»!
J’ai su que Polynice a gagné la victoire ,
OLÏ MVE.
Et qu’Ilémon a voulu les séparer en vain.
Mais pour vous ce malheur est un moindre supplice
CRÉON.
Que si la mort vous eut enlevé Polynice ;
Madame, ce combat est bien plus inhumain.
Ce prince étoit l’objet qui faisoit tous vos soins :
Vous ignorez encor mes pertes et les vôtres ;
Les intérêts du roi vous touchoient beaucoup moins.
Mais, hélas! apprenez les unes et les autres.
ANTIGONE.
ANTIGONE.
Il est vrai, je l’aimois d’une amitié sincère ;
Rigoureuse fortune , achève ion courroux I
Je l'ai mois beaucoup plus que je n’aiuiois son frère '•
Ah I sans doute , voici le dernier de tes coups !