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ACTE IV, SCÈNE II —III.
N’ai-je pas vu partout la 'victoire modestePerdre arec vous l’orgueil qui la rend si funeste ?
Ne vois-je pas le Scythe et le Perse abattusSe plaire sous le joug et vanter vos vertus,
Et disputer enfin, par une aveugle envie,
A vos propres sujets le soin de votre vie ?
Mais que sert à ce cœur que vous persécutezDe voir partout ailleurs adorer vos bontés ?Pensez-vous que rua haine en soit moins violente,Pour voir baiser partout la main qui me tourmente?Tant de rois par vos soins vengés ou secourus,
I ant de peuples contents, me rendent-ils Porus ?Non, seigneur : je vous hais d’autant plus qu’on
vous aime ,
D’autant plus qu’il me faut vous admirer moi-même,Que l’uuivers entier m’en impose la loi,
Et que personne enlin ne vous Lait avec moi.
ÀT.EXANDBE.
J’excuse les transports d’une amitié si tendre.
Mais, madame, après tout, ils doivent me surprendre:Si la commune voix ne m’a point abusé,
Porus d’aucun regard ne fut favorisé :
Entre Taxile et lui votre cœur en balance,
Tant qu’ont duré ses jours, a gardé le silence :
Et lorsqu’il ne peut plus vous entendre aujourd’hui,Vous commencez, madame, à prononcer pour lui.Pensez-vous que , sensible à cette ardeur nouvelle.Sa cendre exige encor que vous brûliez pour elle?Ne vous accablez point d’inutiles douleurs;
Des soins plus importants vous appellent ailleurs.Vos larmes ont assez honoré sa mémoire :
Régnez , et de ce sang soutenez mieux Ja gloire ;
Et, redonnant le calme à vos sens désolés,
Rassurez vos étals par sa chute ébranlés.
Parmi tant de grands rois choisissez-leur un maître.Pius ardent que jamais , Taxile...
AXIAKE.
Quoi! le traître !...
ALEXAXHBR.
lié , de grâce , prenez des sentiments plus doux;Aucune trahison ne le souille envers vous.
Maître de ses états , il a pu se résoudreA se mettre avec eux à couvert de la foudre :
Ni serment ni devoir ne l’aioient engagéA courir dans l’abîme où Porus s’est plongé.
Enlin , sonvenez-v ou» qu’Alexandre lui-mêmeS’intéresse au bonheur cVun prince qui vous aime :Songez que, réunis par un si juste choix,
L’Inde et l’Ilydaspe eu tiers couleront sous vos lois ;Que pour vos intérêt» tout me sera facileQuand je les verrai joints avec ceux de Taxile.
II vient. Je ne veux point contraindre ses soupirs:
Je le laisse lui-même expliquer ses désirs :
Ma présence à vos yeux n'est déjà que trop rude.L’entretien des amants cherche la solitude :
Je ne vous trouble point.
SCÈNE ni.
AXIANE , TAXILE.
AXIANE.
Approche , puissant roi,Grand monarque de l’Inde ; on parle ici de loi :
On veut en ta faveur combattre ma colère ;
On dit que tes désirs n’aspirent qu’à me plaire,Que mes rigueurs ne font qu’all'ermirton amour:On fait plus, et l’on veut que je t’aime à mon tour.Mais sais-tu l’entreprise, où s’engage la flamme ?Sais-tu par quels secrets on peut loucher mon âme?Es-tu prêt...
TAXfT.E. .
Ah! madame, éprouvez seulementCe que peut sur mon cœur un espoir si charmant fc >.Que faut-il faire ?
AXI4NR.
Il faut, s’il est vrai que l’on m’aime,Aimer la gloire autant que je l'aime moi-même ,Ne m’expliquer ses vœux que par mille beaux faits,Et haïr Alexandre autant que je le hais;
Il faut marcher sans crainte au milieu des alarmes;Il faut combattre, vaincre , ou périr sous les armes.Jette , jette les yeux sur Porus et sur toi ;
Et juge qui des deux étoit digne de moi.
Oui, Taxile, mon cœur, douteux en apparence 6 8D’un esclave et d'un roi faisoit la différence.
Je l’aimai : je l’adore : et puisqu’un sort jalouxLui défend de jouir d’un spectacle si doux ,
C’est toi que je choisis pour témoin de sa gloire :Mes pleurs feront toujours revivre sa mémoire ;Toujours tu me verras, au fort de mon ennui,Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.
TAXILE.
Ainsi je brûle en vain pour une âme glacée;L’image de Porus n’en peut être effacée :
Quand j’irois, pour vous plaire, affronter le trépas,Je me penlrois, madame, cl ne vous plairois pas.Je ne puis doue...
AXIANE.
Tu peux recouvrer mon estime;Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime.L’occasion le rît : Porus dans le tombeauRassemble ses soldats autour de son drapeau;
Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite :Les tiens même, les tiens, honteux de ta con-duite ,
Font lire sur leurs fronts justement courroucésLe repentir du crime où tu 1rs a forcés :
Va seconder l’ardeur du feu qui les dévore ;Venge nos liberlés qui respirent encore ;
De mon trône et du lien deviens le défenseur :Cours, et donne à Porus un digne successeur...Tu ne me réponds rien ! Je vois, sur ton visage,Qu’un si noble dessein étonne ton courage.
Je le propose en vain l'exemple d’un héros ;
Tu veux servir. Va, sers ; et me laisse en repos.TAXII.E.
Madame , c’en est trop. Vous oubliez peut-être®»Que , si vous m’y forcez , je puis parler en maître ;Que je puis me lasser de souffrir vos dédains;Que vous et vos états , tout est entre mes mains ;Qu’aprùs tant de respects, qui vousrendentsifière,Jepourrai...
AXrAIfE.
Je t’entends. Je suis ta prisonnière:Tu veux peut-être encor captiver mes désirs;
Que. mon cœur, en tremblant, réponde à tes soupirs:lié bien ! dépouille enfin cette douceur contrainte;Appelle à ton secours la terreur et la crainte;