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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IV, SCÈNE IIIII.

Nai-je pas vu partout la 'victoire modestePerdre arec vous lorgueil qui la rend si funeste ?

Ne vois-je pas le Scythe et le Perse abattusSe plaire sous le joug et vanter vos vertus,

Et disputer enfin, par une aveugle envie,

A vos propres sujets le soin de votre vie ?

Mais que sert à ce cœur que vous persécutezDe voir partout ailleurs adorer vos bontés ?Pensez-vous que rua haine en soit moins violente,Pour voir baiser partout la main qui me tourmente?Tant de rois par vos soins vengés ou secourus,

I ant de peuples contents, me rendent-ils Porus ?Non, seigneur : je vous hais dautant plus quon

vous aime ,

Dautant plus quil me faut vous admirer moi-même,Que luuivers entier men impose la loi,

Et que personne enlin ne vous Lait avec moi.

ÀT.EXANDBE.

Jexcuse les transports dune amitié si tendre.

Mais, madame, après tout, ils doivent me surprendre:Si la commune voix ne ma point abusé,

Porus daucun regard ne fut favorisé :

Entre Taxile et lui votre cœur en balance,

Tant quont duré ses jours, a gardé le silence :

Et lorsquil ne peut plus vous entendre aujourdhui,Vous commencez, madame, à prononcer pour lui.Pensez-vous que , sensible à cette ardeur nouvelle.Sa cendre exige encor que vous brûliez pour elle?Ne vous accablez point dinutiles douleurs;

Des soins plus importants vous appellent ailleurs.Vos larmes ont assez honoré sa mémoire :

Régnez , et de ce sang soutenez mieux Ja gloire ;

Et, redonnant le calme à vos sens désolés,

Rassurez vos étals par sa chute ébranlés.

Parmi tant de grands rois choisissez-leur un maître.Pius ardent que jamais , Taxile...

AXIAKE.

Quoi! le traître !...

ALEXAXHBR.

lié , de grâce , prenez des sentiments plus doux;Aucune trahison ne le souille envers vous.

Maître de ses états , il a pu se résoudreA se mettre avec eux à couvert de la foudre :

Ni serment ni devoir ne laioient engagéA courir dans labîme Porus sest plongé.

Enlin , sonvenez-v ou» quAlexandre lui-mêmeSintéresse au bonheur cVun prince qui vous aime :Songez que, réunis par un si juste choix,

LInde et lIlydaspe eu tiers couleront sous vos lois ;Que pour vos intérêt» tout me sera facileQuand je les verrai joints avec ceux de Taxile.

II vient. Je ne veux point contraindre ses soupirs:

Je le laisse lui-même expliquer ses désirs :

Ma présence à vos yeux n'est déjà que trop rude.Lentretien des amants cherche la solitude :

Je ne vous trouble point.

SCÈNE ni.

AXIANE , TAXILE.

AXIANE.

Approche , puissant roi,Grand monarque de lInde ; on parle ici de loi :

On veut en ta faveur combattre ma colère ;

On dit que tes désirs naspirent quà me plaire,Que mes rigueurs ne font quall'ermirton amour:On fait plus, et lon veut que je taime à mon tour.Mais sais-tu lentreprise, sengage la flamme ?Sais-tu par quels secrets on peut loucher mon âme?Es-tu prêt...

TAXfT.E. .

Ah! madame, éprouvez seulementCe que peut sur mon cœur un espoir si charmant fc >.Que faut-il faire ?

AXI4NR.

Il faut, sil est vrai que lon maime,Aimer la gloire autant que je l'aime moi-même ,Ne mexpliquer ses vœux que par mille beaux faits,Et haïr Alexandre autant que je le hais;

Il faut marcher sans crainte au milieu des alarmes;Il faut combattre, vaincre , ou périr sous les armes.Jette , jette les yeux sur Porus et sur toi ;

Et juge qui des deux étoit digne de moi.

Oui, Taxile, mon cœur, douteux en apparence 6 8Dun esclave et d'un roi faisoit la différence.

Je laimai : je ladore : et puisquun sort jalouxLui défend de jouir dun spectacle si doux ,

Cest toi que je choisis pour témoin de sa gloire :Mes pleurs feront toujours revivre sa mémoire ;Toujours tu me verras, au fort de mon ennui,Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.

TAXILE.

Ainsi je brûle en vain pour une âme glacée;Limage de Porus nen peut être effacée :

Quand jirois, pour vous plaire, affronter le trépas,Je me penlrois, madame, cl ne vous plairois pas.Je ne puis doue...

AXIANE.

Tu peux recouvrer mon estime;Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime.Loccasion le rît : Porus dans le tombeauRassemble ses soldats autour de son drapeau;

Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite :Les tiens même, les tiens, honteux de ta con-duite ,

Font lire sur leurs fronts justement courroucésLe repentir du crime tu 1rs a forcés :

Va seconder lardeur du feu qui les dévore ;Venge nos liberlés qui respirent encore ;

De mon trône et du lien deviens le défenseur :Cours, et donne à Porus un digne successeur...Tu ne me réponds rien ! Je vois, sur ton visage,Quun si noble dessein étonne ton courage.

Je le propose en vain l'exemple dun héros ;

Tu veux servir. Va, sers ; et me laisse en repos.TAXII.E.

Madame , cen est trop. Vous oubliez peut-être®»Que , si vous my forcez , je puis parler en maître ;Que je puis me lasser de souffrir vos dédains;Que vous et vos états , tout est entre mes mains ;Quaprùs tant de respects, qui vousrendentsifière,Jepourrai...

AXrAIfE.

Je tentends. Je suis ta prisonnière:Tu veux peut-être encor captiver mes désirs;

Que. mon cœur, en tremblant, réponde à tes soupirs:lié bien ! dépouille enfin cette douceur contrainte;Appelle à ton secours la terreur et la crainte;