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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ALEXANDRE LE GRAND.

9 6

Parle en tyran tout prêt à me persécuter ;

Ma Laine ne peut croître, et tu peux tout tenter.Surtout ne me fais point dinutiles menaces.

Ta sœur vient tinspirer ce quil faut que lu fasses :Adieu. Si ses conseils et mes vœux en sont crus,

Tu maideras bientôt à rejoindre Porus.

TAXILE.

Ab I plutôt...

SCÈNE IV.

TAXILE, CLÉOFILE.

CLÉOFILE.

AL J quittes celte ingrate princesseDont la Laine a juré de nous troubler sans cesse :Qui met tout son plaisir à vous désespérer.

Oubliez...

TAXILE.

Non , ma sœur, je la veux adorer.

Je laime; et quand les vœux que je pousse pour elle 7 0Nen obtiendroient jamais quune haine immortelle,Malgré lous ses mépris , malgré tous vos discours,Malgré moi-même , il faut que je laime toujours.

Sa coLère , après tout, na rien qui me surprenne ;Cest à vous, cest à moi quil faut que je menprenne.

Sans vous , sans vos conseils, ma sœur, qui mouttrahi,

Si je n'étois aimé , je «crois moins haï ;

Je la verrois, sans vous , par mes soins défendue,Entre Porus et moi demeurer suspendue :

Et ne seroit-ce pas un bonheur trop charmantQue de lavoir.duite à douter un moment ?

Non , je ne puis plus vivre accablé de sa Laine ;

Il faut que je rne jette aux pieds de linhumaine.

J'y cours : je vais moffrir à servir son courroux ,Même contre Alexandre, et même contre vous.

Je sais de quelle ardeur vous brûlez lun pourlautre :

Mais cest trop oublier mon repos pour le vôtre ;

Et. sans minquiéter du succès de vos feux,

11 faut que tout périsse , ou que je sois heureux.

CLÉOFILE.

Allez donc , retournez sur le champ de bataille ;

Ne laissez point languir lardeur qui vous travaille.

A quoi sarrête ici ce courage inconstant ?

Courez : on est aux mains s et Porus vous attend.

TAXILE.

Quoil Porus nest point mort! Porus vient de pa-roïire !

cléofjlk.

Cest lui. De si grands coups le font trop recoti-noîlre.

Il Lavoil bien prévu : le bruit de son trépasI)un vainqueur troji crédule a retenu le bras.

J1 vienL surprendre ici leur valeur endormie,Troubler une victoire encor mal affermie.

Il vient, nen doutez point, en amant furieux,Enlever sa maîtresse, ou périr à ses yeux.

Que dis je ? votre camp , séduit par cette ingrate ,Prêt à suivre Porus, en murmures éclate.

Allez vous-même, allez, en généreux ainaDtAu secours d'un rival aimé si tendrement.

Adieu.

SCÈNE V.

TAXILE.

Quoi ! la fortune obstinée à me nuireRessuscite on rival armé pour me détruire)

Cet amant reverra les yeux qui font pleuré ,

Qui, tout mort quil éloit, me lavoient préfère IAh! cen est trop. Voyons ce que le soit m'apprête,A qui doit demeurer cette noble conquête.Allons. Na tien dons pas, dans un lâche courroux?',Quun si grand différent se termine sans nous.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE ï.

ALEXANDRE, CLÉOFILE.

ALEXANDRE.

Quoil vous craignez Porus même après sa défaite !Ma victoire à vos yeux sembluit-elle imparfaite?Non , non ; cest un captif qui na pu méchapper,Que mes ordres partout ont fait envelopper.

Loin de le craindre encor, ne songez quà le plaindre.

CLÉOFILE.

Et cest en cet élal que Porus est à craindre.Quelque brave quil fût, le bruit de sa valeurMinquiéloit bien moins que ne fait son malheur.Tant quon la vu suivi dune puissante armée,

Ses forces , ses exploits ne mont point alarmée :Mais , seigneur, eepl un roi malheureux et soumis ;EL dès lors je le compte au rang de vos amis.

ALEXANDRE.

Cest un rang Porus na plus droit de prétendre \

Il a trop recherché la haine dAlexandre.

Tl sait bien quà regret je rny suis résolu ;

Mais enfui je le bais autant quil ia voulu.

Je doi> même un exemple au reste de la terre :

Je dois yenger sur lui tous les maux de la guerre,Le punir des malheurs quil a pu prévenir ,

El de mavoir forcé moi-même à le punir.

Vaincu deux fois , liai de ma belle princesse...CLÉOFILE.

Je ne hais point Porus , seigneur , je le confesse ;Et sil ni étoil permis découter aujourdhuiLa voix de ses malheurs qui me parle pour lui,

Je vous dirois quil fui le plusgrand de nos princes;Que son bras fut long-temps lappui de nos pro-vinces:

Quil a voulu peut-être , en marchant contre vous,Quori le crût digne au moins de tomber sous voscoups,

Et quun même combat signalaut l'un et lautreSon nom volât partout à la suite du vôtre.

Mais si je le défends, des soins si généreuxRetombent sur mon frète, et détruisent ses vœux.Tant que Porus vivra , que faut-il quil devienne ?Sa perte est infaillible , et peut-être la mienne.

Oui, oui, si son amour ne peut rien obtenir ,

11 men rendra coupable , et mm voudra punir.