ACTE I, SCENE I.
< Ledæam ITcrmionem . Lacedsemoniosque hy-* meutcos...
« Ast ilium, creptæ magno infïammatua amure« Conjugis , et scelerum Furiis agilatus, Orestes• Excipit incautum, patriasque obtruncatad aras.»
Voilà, en peu de vers, tout le sujet de celletragédie ; voilà le lieu de la scène , l’aclion qui s’ypasse, les quatre principaux acteurs, et mêmeleurs caractères, excepté celui d’IIennione, dontla jalousie et les emportements sont assez marquésdans l’Andromaque d'Euripide.
C’est presque la seule chose que j’emprunte icide cet auteur. Car, quoique ma tragédie porte lemême nom que la sienne , le sujet en est pourtanttrès durèrent. Andromaque, dans Euripide, craintpour la Tic de Molossus, qui est un lils qu’elle aeu de Pyrrhus, et qu’IIermione veut faire mouriravec sa mère. Mais ici il ne s’agit point de Molos-sus : Audromaque ne connoît point d’autre mariqu’IIector, ni d’autre fils qu’Àstyanax. J’ai cru encela me conformer à l’idée que nous avons main-tenant de cette princesse. La plupart de ceux quiont entendu parler d’Andromaque ne la connois-senl guère que pour la veuve d’IIector et pour laruére d’Astyanax. On ne croit point qu’elle doiveaimer ni un autre mari, ni un autre fils; et jedoute que les larmes d’Andromaque eussent faitsur l’esprit de mes spectateurs l’impression qu’ellesy ont faite, si elles avoioul coulé pour un autrefils que celui qu’elle avoit d'Hector.
Il est vrai que j’ai été obligé de faire vivre As-tyanax un peu plus qu’il n’a vécu ; mais j'écrisdans un pays où cette liberté ne pouvoit pas êtremal reçue. Car, sans parler de Ronsard, qui achoisi ce même Astyuuux pour le héros de sa Fran-
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ciade , qui ne sait que l’on fait descendre nos an-ciens rois de ce fils d’Hector, et que nos vieilleschroniques sauvcnL la vie à ce jeune prince, apresla désolation de son pays, pour en faire le fonda-teur de notre monarchie ?
Combien Euripide a-t-il été plus hardi dans satragédie d’Hélène! il y choque ouvertement lacréance commune de toute la Grèce 6 : il supposequ’IIélènen’a jamais mis le pied dans Troie; etqu’après l’emhrasement de cette ville, Ménélastrouve sa femme en Egypte, d’où elle n’éloil pointpartie , tout cela fondé sur une opinion qui n’étoitreçue que parmi les Égyptiens, comme on le peutvoir dans Hérodote 7.
Je ne crois pas que j’eusse besoin de ccl exempled’Euripide pour justifier le peu de liberté que j’aiprise. Car il y a bien de la différence entre dé-truire le principal fondement d’une fable, et en al-térer quelques incidents , qui changent presquede face dans toutes les mains qui les traitent. AinsiAchille, selon la plupart des poètes, ne peut êtreblessé qu’au talon , quoique Homère le fasse bles-ser au bras 8 , et ne le croie invulnérable en au-cune partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mou-rir Jocasle aussitôt après la reconnoissance d’Œ-dipe 9 , tout au contraire d'Euripide , qui la faitvivre jusqu’au combat et à la mort de ses deuxfils lo . Et c’est à propos de quelques contrariétésde cette nature qu’un ancien commentateur de So-phocle remarque fort bien 11 • qu’il ne faut points’amuser à chicaner les poètes pour quelques chan-gements qu’ils ont pu faire dans la fable; maisqu’il faut s’attacher à considérer l’excellent usagequ’ils ont fait de ces changements, et la manièreingénieuse dont Us ont su accommoder la fable àleur sujet. >
PERSONNAGES.
ANDROMAQUE, veuve d’Hector, captive de Pyr-rhus.
P YRRHUS , fils d’Achille , roi d’Épire.
ORESTE, fils d’Agamemnon.
IIERMIONE , fille d’IIélène , accordée avec Pyr-rhus.
La scène est à Buihrote, ville d’Epire
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
ORESTE, PYLADE.
ORESTE.
Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle ls ,
Ma fortune va prendre une face nouvelle ;
El déjà son courroux semble s’être adouciDepuis qu’elle a pris soin de nous rejoindre ici.
PYLADE, ami d’Orcste.
CLEO NE , confidente d’IIermione.
CEPlliSE, confidente d’Andromaque.PHOENIX, gouverneur d’Achille, et ensuite dePyrrhus.scite d’oreste.
, dans une salle du palais de Pyrrhus.
Qui l’eût dit, qu’un rivage à mes vœux si funestePrésenteroit d’abord l’ylade aux yeux d’Oreste ;Qu’après plus de six mois que je Pavois perduA la cour de Pyrrhus tu me serois rendu ?
l'ILAUE.
J’eu rends grâces au ciel, qui m’arrêtant sans cesseSembloit m’avoir fermé le chemin de la Grèce ,Depuis le jour fatal que la fureur des eaux,Presque aux yeux de l’Epire, écarta nos \aisseaux.Combien, dans cet exil, ai-je souffert d’alarmes!Combien à vos malheurs ai-je donné de larmes