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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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io8 ANDROVIAQUE.

Craignant toujours pour vous quelque nouveau dangerQue ma Iriste amitié ne pouvoil partager 1 3 .'

Surtout je redoutai* cette mélancolieOù j’ai vu si long-temps votre âme ensevelie;

Je craignois que le ciel, par un cruel secours,

Ne vous offrît la mort que vous cherchiez toujours.Mais je vous vois , seigneur: et, si j'ose le dire ,

Un destin plus heureux vous conduit en Epire :

Le pompeux appareil qui suit ici vos pasN’est point d’un malheureux qui cherche le trépas.

ORESTI.

Hélas 1 qui peut savoir le destin qui m’amène?L’amour me fait ici chercher une inhumaine 14 :Mais qui sait ce qu’il doit ordonner de mou sort,

Et si je viens chercher ou la yie ou la mort ?

PYLADE.

Quoi ! votre âme à l’amour en esclave asservieSe repose sur lui du soin de votre vie ?

Par quel charme , oubliant tant de tourmentssoufferts,

Pouvez vous consentir à rentrer dans ses fers ?Pensez-vous qu’Heiinione . à Sparte inexorable,Vous prépare en Épire un sort plus favorable ?Honteux d’avoir poussé tant de vœux superflus 15 ,VousTabhoriicz; enfin, vousne m’en parliez plus :Vous me trompiez, seigneur.

OHKSTE.

Je me trompois moi même JAmi 1 n’accable point un malheureux qui t'aime :T’ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs ?

Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs:Enfin , quand Ménélas disposa de sa liileEn faveur de Pyrrhus, vengeur de sa famille,

Tu vis mon désespoir: et tu m’as vu depuisTraîner de mers eu mers ma chaîne et mes ennuis.

Je te vis à regret , en cet état funeste ,

Prêt à suivre partout le déplorable Oresle ,s ,Toujours de ma fureur interrompre le cours ,

Et de moi-même enfin me sauver tous les jours.

Mais quand je me souvins que, parmi tant d’a-larmes ,

Hermione à Pyrrhus prodiguoil tous ses charmes '7,Tu sais de quel courroux mon cœur alors épris ’8Voulut en l’oubliant punir tous scs mépris ’ 9 .

Je fis croire et je crus ma victoire certaine ;

Je pris tous mes transports pour des transports dehaine :

Délestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits.

Je définis ses yeux de me troubler jamais.

Voilà comme je crus étouffer ma tendresse.

En ce calme trompeur j’arrivai dans la Grèce;

Et je trouvai d’abord ses princes rassemblés,

Qu’un péril assez grand scmbloit avoir troublés.

J’y courus. Je pensai que la guerre et la gloireDe soins plus importants rempliroient ma mémoire;Que, mes sens reprenant leur première vigueur,L’amour aebèveroil de sortir de mon cœuraô.

Mais admire avec moi le sort, dont la poursuiteMe fait courir alors au piège que j’évite.

J’entends de tous côtés qu’on menace Pyrrhus ;Toute la Grèce éclate en murmures confus :

On se plaint qu’oubliant son sang et sa promesseIl élève en sa cour l’ennemi de la Grèce ,

Asiyanax, d’Hector jeune et malheureux fils,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

J’apprends que pour ravir son enfance au suppliceÀndromaquc trompa l’ingénieux Ulysse 21Tandis qu’un autre enfant, arraché de ses bras,Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

O 11 dit que. peu sensible aux charmes dTIertnionc,Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne.Ménélas , sans le croire , en paroît affligé ,

Et se plaint d’un hymen si long temps négligé.Parmi les déplaisirs où son âme se noie,

11 s’élève tri la mienne une secrète joie :

Je triomphe ; et pourtant je me flatte d’abordQue la seule vengeance excite ce transport.

Mais l’ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place:l)e mes feux mal éteints je reconnus la trace ;

Je sentis que ma haine alloit finir son cours;

Ou plutôt je sentis que je l’aimois toujours.

Ainsi de tous les Grecs je brigue le suffrage.

On m’envoie à Pyrrhus : j’enlrepremU ce voyage.

Je viens voir si l’on peut arracher de ses brasCet enfant dont la vie alarme tant d’états.

Heureux si je pouvois, dans l'ardeur qui me presse,Au lieu d’Astyanax lui ravir ma princesse 1Car enfin n’attends pas que mes feux redoublésDes périls les plus grands puissent être troublés.Puisqu’uprès tant d’eflbrts ma résistance est yaine,Je me livre en aveugle au transport qui m’en-traîne.

J’aime : je viens chercher Hermione en ces lieux,La fléchir, l’enlever, ou mourir à ses yeux.

Toi qui eimiiuis Pyrrhus, que penses-tu qu’il fasse?Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui scpasse.

Mon Ilermione encor le tient-elle asservi?

Mc rendra-t-il, Pjlaile , un bien qu’il m’a ravi ?PYLADE.

Je vous abuserais si j’osois vous promettreQu'entre vos mains, seigneur, il voulût la remettre :Non que de sa conquête il paroisse flatté.

Pour la veuve d’Ilector ses feux ont éclaté ;

Tl l’aime : mais enfin celle veuve inhumaineTs’a payé jusqu’ici son amour que de haine;

El chaque jour encore on lui vnit tout tenterPour fléchir sa captive , ou pour l’épouvanter.

He son fils qu’il lui cache il menace la tête ,

Et fait couler des pleurs qu’aussitôt il arrête.Ifermionc clin-même a vu plus de cent foisCet amant irrité revenir sous ses lois ,

Kl, desesvœux troublés lui rapportant l'hommage,Soupirer à ses pieds moins d’amour que de rage.Ainsi n’altendez pas que l’on puisse aujourd’huiTous répondre d’un cœur si peu maître de lui :

H peut, seigneur, il peut, dans ce désordre cxlrêrue,Epouser ce qu’il hait, et perdre ce qu’il aime.

ORKSTK,

Mais dis-moi de quel œil Ilermione peut voirSou hymen différé, scs charmes sans pouvoir?PTLADE.

Ilermione, seignexir, au moins en apparence,Semble de son amant dédaigner l'inconstance ,

El croit que , trop heureux de fléchir sa rigueur,

II la viendra presser de reprendre son cœur.

Mais je l’ai vue enfin me confier ses larmes :

Elle pleure en secret le mépris de ses charmes;Toujours prêle à partir, et demeurant toujours,Quelquefois elle appelle Orestc à son secours.