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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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12 X

ACTE IV, SCÈNE IV—Y.

Je ne sais même encor, quoi qu’il m’ait pu pro-mettre

Sur d'autres que sur moi si je dois m’en remettre :Pyrrhus n’est pas coupable à ses yeux comme auxmiens

.Kl je ticndrois mes coups bien plus sûrs que lessiens:

Que! plaisir de venger moi-même mon injure 7 6 ,De retirer mon bras teint du sang du parjure ,

Et, pour rend re sa peine et mes plaisirs plus grands,De cacher ma rivale à scs regards mourants IAh ! si du moins Oresle , en punissant son crime *Lui laissoit le regret de mourir ma victime !

Va le trouver : dis lui qu’il apprenne à l’ingratQu’on l'immole à ma haine , et non pas à l’état.Chère Cléone , cours : ma vengeance est perdueS’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue.

CLÉOïE.

Je vous obéirai. Mais qu’est-ce que je voi?

O dieux ! qui l'auroit cru , madame î C’est le roi !

HERMIONE.

Àh ! cours après Oreste ; et dis-lui, ma Cléone,Qu’il n’entreprenne rien siyis revoir Ilermionc J

SCÈNE V.

PYRRHUS , HEFiBlIOKE , PIIOËNIX.

vYîuiiirs.

Vous ne m'attendiez pas, madame ; et je vois bienQue mon abord ici trouble votre entretien.

Je ne viens point, armé d’un indigne artitîce ,D’un voile d’équité couvrir mou injustice :

Il sullit que mon cœur me condamne tout bas ;

Et je soutiendrois mal ce que je ne crois pas.J’épouse une Troyenne. Oui, madame , et j’avoueQue je vous ai promis la foi que je lui voue.

Un autre vous diroit que dans les champs troyensNos deux pères sans nous formèrent ces liens,

Et que , sans consulter ni mon choix ni le vôtre ,Nous fûmes sans amour attachés l’un à l’autre ;

Mais c’est assez pour moi que je me sois soumis.Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis ;Loin de les révoquer, je voulus y souscrire 7 7 :

Je vous vis avec eux arriver en Épire ;

F.l quoique d’un autre ceil l’éclat victorieuxEût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux,

Je ne m’arrêtai point à ccLte ardeur nouvelle ,

Je voulus rii’obsliner à vous tire fidèle,

Je vous reçus en reine ; et jusques à ce jourJ’ai cru que mes serments me ticndroienl lieud’amour.

Mais cet amour l’emporte ; et, par un coup funeste,Andromaque m’arrache un cœur qu’elle déteste :L’un par l’autre entraînés, nous courons à l’autelNous jurer malgré nous un amour immortel 7S ,Après cela , madame , éclatez contre un traître ,Qui l'est avec douleur, et qui pourtant veut l’être.Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux,11 me soulagera peut-être autant que vous79.Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures :

Je crains votre silence , et non pas vos injures ;

Et mon cœur, soulevant mille secrets témoins.M’en dira d’autant plus que vous m’en direz moins.

HCRMrONEi

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d’artifice ,

J aime à voir que du moins vous vous rendiez justice,Et que, voulant bien rompre un nœud si solennel,Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste, apres tout, qu’un conquérant s’abaisseSous la servile loi de garder sa promesse ?

Non s non, la perfidie a de quoi vous tenter ;

Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter.Quoi ! sans que ni serment, ni devoîrvous retienne,Rechercher une Grecque, amant d une Troyenne ;Me quitter, me reprendre, et retourner encorDe la fille d’Hélène à la veuve d’IIeclor ;Couronner tour à tour l’esclave et la princesse ;Immoler Troie aux Grecs, au fils d’IIector la Grèce!Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi,D’un héros qui n’est point esclave de sa foi.

Pour plaire à voire épouse, il vous faudroil peut-êtreProdiguer les doux noms de parjure et de traître.Vous veniez de mon front observer la pâleur,

Pour aller dans ses bras rire de ma douleur.PleuranLe après son char vous voulez qu’on mevoie 8 o.

Mais, seigneur, en un jour ce scroit trop de joie ;Et, sans chercher ailleurs des titres empruntés,

Ne vous suflit-il pas de ceux que vous portez?

Du vieux père d’Hector la valeur abattueAux pieds de sa famille expirante à sa vue,

Tandis que dans son sein votre bras enfoncéCherche un reste de sang que l’âge avoit glacé ;

Dans destuisseaux de sangTroie ardente plongée B i;De votre propre main Polyxéne égorgéeAux yeux de tous les Grecs indignés contre vous:Que peut-on refuser à ces généreux coups?

PYRRHUS.

Madame, je sais trop à quoi excès de rageLa vengeance d’Hélène emporta mon courage:

Je puis me plaindre à tous du sang que j’ai versé ;Mais enfin je consens d’oublier le passé.

Je rends grâces au ciel que votre indillérenceDe mes heureux soupirs m’apprenne l’innocence.Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner,Devoit mieux vous connoître et mieux s’examiner.Mes remords vous faîsoieut une injure mortelle ;

II faut se croire aimé pour se croire infidèle.

Vous ne prétendiez point m’arrêter dans vos fers;

Je crains de vous trahir, peut-être je vous sers.

Nos cœurs n’étoient point faits dépendants l’un del'autre ;

Je suivois mon devoir, et vous cédiez au vôtre :llicn ne vous engageoit à m’aimer en effet.

HERMIONR.

Je ne t’ai point aimé, cruel J Qu’ai-je donc fait?

J’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ;

Je t’ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;J’y suis eucor, malgré tes infidélités,

Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés.

Je leur ai commandé de cacher mon injure ;J’alicndois en secret le retour d’un parjure ;

J’ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu ,

Tu me rapporteroio un cœur qui m’éluit dû.

Je t’ainiois inconstant, qu’aurois-je fait fidèle 8 2 ?

Et même on ce moment où ta bouche cruelleVient si tranquillement m’annoncer le trépas,

Ingrat, je doute encor si je ne l’aime pas,